TrlôUs, IV, i; P antiques, I, vill
Alors ils rient stupidement de lui, et sans doute se moquent entre eux de son sort, sans qu'il puisse les comprendre, car c'est lui qui pour eux est un Barbare, puisqu'il ne peut se faire comprendre de personne*. Alors, découragé, il n'a d'autre ressource que de parler : tout seul, afin de ne pas perdre tout à fait l'habitude du latin*. Exagération peut-être, car il y avait sans doute à Tomes des officiers, des soldats, des marchands romains, mais d'une nature très inférieure sans doute et qui ne pouvaient offrir au poète exilé aucune consolation intellectuelle. En cette garnison Ovide reste l'étranger que l'on se montre avec curiosité, avec mépris peut-être, dès que l'on connaît sa condition d'exilé, avec ironie, si on comprend qu'il est poète et ce que c'est qu'un poète ^. Q^uant aux femmes, incapables de filer, elles sont occupées à broyer les grains de blé ou à porter sur leur tête des cruches d'eau; nulle qui soit digne d'amour, et le poète de Y ArL d'aimer n'a, s'il faut l'en croire, aucune consolation de ce côté-là^.
Et quel climat 1 Le frileux Romain n'a pas assez de mots pour en peindre toute l'horreur; sans cesse il y revient. On l'évoque, recroquevillé dans sa toge, écrivant à ses amis d'une main que le froid engourdit peu à peu. A peine débarqué, après la distraction inévitable du voyage, si pénible qu'il ait été, toute son infortune lui apparaît. Ciel affreux, eaux saumâtres, qui con-
1. « Barbarus hic ego sum, quia non intelligor uUi. » TriAcs, V, X, 3/.