Ibid
L'EXILE DE TOMES. ao5
l'année romaine, dont il n'a encore iichcvc (|uc six mois, mais le travail lui devient pénible en de telles conditions ; il ne lui reste plus que la force de gémir inépuisablement. Pas de livre à lire, pas d'ami à consulter; s'il hésite sur un mot, un nom de lieu, personne pour l'éclairer ; il en arrive, à force de ne plus entendre parler latin, à ne plus savoir le latin, à chercher ses mots *. Il écrit donc pour lui seul, il est son seul lecteur ; et parfois, découragé de cette vaine tâche, il mouille son papier de ses larmes*. Il faut donc qu'à Rome on soit indulgent à ses vers, écrits dans de telles conditions. Il est à la fois le poète et le héros : il chante sa mort comme le cygne du Caystre^. Affreuse situation ! Lui, habitué à trouver à Rome des oreilles attentives, voici qu'il n'a plus personne devant lui à qui lire ses vers. Qu'on sourie, si Ton veut, en traitant Ovide de vaniteux! Nul poète ne sourira de ce supplice. Cette sensation d'étouffement, sans doute certains poètes, peu glorieux, l'ont traînée toute leur vie, mais au point où Ovide l'a ressentie à Tomes, il en est, je pense, bien peu :
Car n'est-ce pas danser au milieu des ténèbres i Que de faire des vers que nul ne lit?^ 1
s'écrie-t-il mélancoliquement. La gloire est un vif aiguillon pour le poète... Lui, Ovide, à qui les réciter, ses vers, si ce n'est à des Barbares?