Tristes, V, i
-4- Pontlques, IV, m.
2o6 OVIDE.
Et cependant que fera-t-il, n'aimant nulle autre distraction? Il faut qu'il en écrive, il en écrira jusqu'au bout, malgré tout. Lui aussi dirait comme Chantecler :
Qu'importe, il faut chanter, chanter, même en sachant Qu'il existe des chants qu'on préfère à son chant, Chanter jusqu'à ce que...
Car l'esclave chante dans les fers pour adoucir sa tâche, le batelier chante, tandis qu'il traîne lentement sa barque en remontant le fleuve, et le matelot, pour rythmer la cadence de ses rames, et le berger appu^^é sur son bâton, et la servante qui tourne son fuseau... Ainsi chantent tous ceux qui peinent et souffrent. Ainsi Ovide :
J'écris et jette au feu ce que je viens d'écrire.
Et mon travail n'est plus qu'un peu de cendre... Je voudrais et ne puis ne pas faire de vers * . . .
Voilà sa dernière, sa seule consolation ; il n'a demandé à la vie que la poésie ; la poésie seule reste auprès de lui, quand tout l'a abandonné.
Sans doute c'est elle qui l'a perdu, c'est à elle qu'il doit tous ses maux, mais elle lui reste encore chère et d'autant plus chère peut-être ^ :
Si je vis et si je résiste à mes douleurs,
Si le dégoût n'accable point mes jours,
Muse, c'est grâce à toi, qui, seule, me consoles. Toi, repos des soucis, toi, seul remède,