‹ OvideChapitre 121 sur 154 · Poniiques, II, Vil et IV, IX · texte numérisé non relu

Poniiques, II, Vil et IV, IX

2o8 OVIDE.

Tel, la critique universitaire du second Empire Ta opposé tout naturellement à Texilé de Jersey. Excellente occasion de glorifier Victor Hugo, sans avoir Tair d'y toucher: d'un côté, ce malheureux qui gémit sur les rives du Pont et loue encore celui qui Ta frappé ; de l'autre, ce fier poète sur son rocher, qui converse avec la mer, rejette toute amnistie et se dresse contre « TEmpire et l'Empereur ». Ainsi Ovide, desservi par ce contraste, a été, si l'on peut dire, une victime du Deux-Décembre. Mais la critique a eu beau jeu à une comparaison fort inexacte: Victor Hugo à Jersey est sur un piédestal ; entouré d'amis, d'admirateurs, sa gloire s'accroît de son exil; au reste, il est là en toute sûreté, protégé par le droit des gens. Ovide, abandonné de tous, est resté au pouvoir de l'empereur, et sa crainte constante, on le sait, est que son châtiment ne s'arrête point à l'exil. C'est pourquoi il loue la clémence d'Auguste, ce qui a étonné les critiques ; mais Auguste pouvait le faire mettre à mort, c'est lui-même qui nous le dit plus d'une fois ; or, il ne l'a point fait... Mais ne le fera-t-il point quelque jour? Importuné de ses plaintes, n'étouflfera-t-il point cette voix qui gémit et qui le gêne? Ne cédera-t-il point un jour aux conseils de Livie et de Tibère? Si vraiment, comme je le pense, ce sont là les vrais ennemis d'Ovide, supplier Auguste, espérer le ramener à sa cause, n'a plus rien de bas ou d'insensé. Vraiment, à relire ses élégies d'exil, je ne ressens point de dégoût, I mais beaucoup de tristesse. Malgré leurs longueurs, ces deux livres me paraissent les plus poignants, les plus directs, les plus humains peut-être que nous ait laissés la

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littérature latine. On peut les placer sans crainte à côté des Ri'iJirU (1q Du Bellay.

Au reste parfois, au milieu de ces plaintes, éclatent tout à coup de plus fiers accents; un jour Ovide se tourne vers une jeune poétesse, qui se nomme Périlla, et sous le nom de laquelle certains ont voulu reconnaître sa propre fille. Qu'elle soit la fille de son sang, comme sembleraient le faire croire les termes de tendresse paternelle dont il use envers elle, ou celle de son esprit, dont il a guidé à Rome et encouragé les débuts, il l'adjure de ne pas abandonner, malgré l'absence et les malheurs de son maître, la poésie qui fait sa jeune gloire et qui sera la consolation de sa vieillesse, la poésie plus durable que la beauté et que la fortune :

Tu le sais, nous n'avons rien qui ne soit mortel,

Rien, sauf les biens du cœur et de l'esprit. Vois, loin de mon pays, de vous, de ma maison.

Privé de tout ce qu'on peut nous ravir, Je jouis de l'esprit qui ne me quitte pas ;

César sur lui ne possède aucun droit.

Qiiiconque porte un fer peut supprimer ma vie ;

Après ma mort, ma gloire survivra :

Tant que Rome verra, du haut de ses collines.

L'univers à ses pieds, on me lira...

Et toi aussi, — et sois plus heureuse que moi ! —

Sauve- toi de la mort par des poèmes *.

^< Quiconque porte un fer... » Oui, comme le veut M. Plessis, qui, poète exquis lui-même, est indulgent au

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