Trlôicé, III, VII
poète Ovide, oui, c'est bien là une allusion à César, à cette épée toujours suspendue sur le front de l'exilé, à cette condamnation publique ou secrète, mais capitale, que l'on peut à tout instant porter contre lui.
Telle est la vie qu'il mène à Tomes, précaire et craintive : s'il voit venir un officier, un magistrat romain, sait-il s'il ne porte pas sur lui l'ordre pour Ovide de disparaître de ce monde? Cependant, malgré cette crainte, il est à l'affût de tout ce qui est romain, de tout ce qui vient de Rome. L'hiver, il n'a nul espoir de nouvelles, mais, quand le printemps a rendu la navigation possible, alors il guette toutes les voiles qui se dirigent vers le petit port^ Et, si quelque navire y entre, le voici qui descend sur le quai, qui salue le pilote et qui s'informe : « Q^ui est-il ? Pourquoi vient-il? D'où vient-il ? » j Comme un colon perdu sur une plage lointaine n'a i d'autre distraction que l'arrivée du paquebot, qui vient ; de la métropole, Ovide, plus désireux encore de nouvelles, cause avec le patron et les matelots. Et puis il leur raconte son histoire, il leur confie une de ces élégies qui doivent à Rome, il l'espère du moins, maintenir son souvenir et sa gloire, et à l'un d'eux, un jour, après trois ans d'exil, il donne, soigneusement enroulé, mais sans vains ornements, ce livre qui porte dans son nom toute la tristesse de son sort :
Petit livre, sans moi, soit, tu vas donc à Rome, Où ne peut pas, hélas î aller ton maître...