Trli>les, III^ XII, 5o
L EXILE DE rOMi:S. 211
Va, mais sans ornement, tel que d un exilé ;
Malheureux, prends le deuil (jui ikjus convient'.
Et par la pensée il le suit, ce petit livre, qui va conter son voyage, ses malheurs, son triste séjour, plaider aussi sa cause auprès de l'opinion et de l'empereur. Il le voit qui arrive à Rome, qui se glisse furtivement chez ses amis, qui hésite, devant la demeure du Palatin, à pénétrer chez César et s'arrête craintif, et puis qui va trouver, chez Ovide, sa place naturelle, auprès des autres poèmes, de cet yirt c/ aimer, caché dans un angle obscur, comme un suspect, du livre des /JléLaniorphases, auquel il dira que la plus étonnante des métamorphoses est encore celle d'Ovide. Ainsi, il les suit des yeux, et, souriant encore au milieu de ses larmes, il les voit, ces vers, qui, distiques inégaux, boîtent à cause de la longueur de la route".
Heureux livre tout de même, auquel nul ne peut interdire l'accès de Rome, — car l'esprit, grâce aux dieux, peut aller partout où il veut'', — plus heureux que son maître et qui emporte avec lui toute son âme et toute sa défense... Ingénieuse, touchante défense, incessante, obsédante, dont les termes mille fois répétés reviennent avec une monotonie obstinée comme un refrain désolé, comme une lamentation de pleureur antique... Il a eu tort, soit, tort de chanter trop librement l'amour, tort de voir ce qu'il n'aurait pas dû voir;