‹ OvideChapitre 125 sur 154 · Trides, III, viii, i-io · texte numérisé non relu

Trides, III, viii, i-io

CHAPFÏR1-: Vill LA FIN DU POÈTE

Ingenio péril Na^w poêla ineo.

OVIDK.

Ovide espère toujours. — Il trouve un public chez les Gètes. — L'avènement de Tibère. — Ovide se retourne vers Germanicus. — Il répond à ses ennemis : Y Ibié. — Sa santé décline. — Son agonie. — Sa mort. — Son épitapbe.

Ovide espère toujours Quatre ans ont passé depuis son arrivée à Tomes — Il est parti pour Rome, ce livre auquel il a donné le nom qui convient à sa situation; il est allé porter ses plaintes à Topinion, aux gens influents, à l'entourage d'Auguste, à Tempereur luimême. Mais ces plaintes sont restées vaines : ni grâce, ni commutation de peine. Cependant, tenace, il ne veut point penser que tout soit perdu.

Mais, en attendant ce jour, il fait un effort pour s'accommoder à son sort, et, poète avant tout et jusqu'au bout, il va, puisque le public romain lui fait défaut, se créer un public chez les Gètes, et, nouvel

Orphée, charmer ces bêtes féroces. Après tout, dit-il avec un sourire triste, le Danube n'a pas de plus grand génie que lui*! Il faut qu'il fasse des vers, c'est l'ordre impérieux de sa nature, à cinquante ans passés comme à l'aube de son adolescence, mais il est las de les écrire pour lui seul; il lui faut un public, il créera ce public autour de lui.

D'abord, il apprend qu'aux confins du pays des Sarmates règne en Thrace le roi Cotys, de la race grecque des Eumolpides, et qui fait des vers lui-même; il adresse une épître à ce confrère couronné et lui demande protection". Nous ignorons la réponse de ce Cotys qui devait périr tragiquement peu de temps après^. En tout cas, si flatteuse qu'elle ait pu être, un seul lecteur, fût-il royal, ne lui suffit point. Il veut toucher un plus vaste public et dissiper d'abord les préventions qu'il inspire à ce futur public. Car les gens de Tomes ont été quelque peu vexés de ses gémissements continuels, et il est obligé d'abord de leur présenter des excuses : c'est de leur pays qu'il a dit du mal, non d'eux-mêmes ; ils sont les premiers à se plaindre de leur climat et de leur position critique. Mais eux, Ovide les aime 1 Comment ne les aimerait-il pas? A leur humanité, on reconnaît leur origine grecque : ils ont accueilli avec bonté l'exilé, ils l'ont exempté des charges municipales, ils l'ont publiquement couronné quand ils ont appris

Page 1