‹ OvideChapitre 131 sur 154 · Pontlque^r, IV, iv et II · texte numérisé non relu

Pontlque^r, IV, iv et II

Parmi tant de milliers de vers que fit Ovide, Il n'en est point qui soit souillé de sang;

Mes lèvres n'ont jamais fait de tort qu'à moi-même, Et seul l'artiste a souffert de son « Art » ^

Oui, nous pouvons souscrire à cette déclaration et montrer en Ovide une méritoire exception à la jalousie professionnelle. Horace n'y a point échappé, et Virgile lui-même a déchiré dans ses dialogues bucoliques un Bavius et un Mœvius. Que dire d'un Lucilius, d'un Martial, d'un Juvénal, satiriques de profession? Mais Ovide aime à ce point la poésie et ceux qui s'y consacrent qu'il ne peut en dire du mal, même quand ils sont médiocres. C'est le meilleur des confrères. Il suffit qu'on soit, ou qu'on veuille être poète pour mériter, sinon son amitié, au moins son indulgence. Si beaucoup de ses contemporains, préoccupés encore de choses politiques ou militaires, ont été semblables à ceux dont Vigny devait dire plus tard :

Et n'être qvie poète est pour eux un affront,

lui, tout au rebours, pourrait dire qu'être poète ou désirer l'être est déjà une gloire telle qu'il oublie de la discuter. Assuré de sa virtuosité, fier de son art, il ne craint, somme toute, nulle concurrence, et, dans un temps où la gloire littéraire est limitée à un petit cercle de lettrés et n'emploie pas les moyens de la publicité commerciale, c'est une amitié plus élargie pour Ovide

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