Pontiques, IV, xvi
çante sans doute, — et le pourrait-elle à moins d'être aussitôt étouffée? — mais qui est gênante tout de même, est-ce qu'on ne va pas être tenté en haut lieu de lui imposer silence? La vie humaine coûte si peu à Livie et à Tibère, qui ont déjà supprimé tout ce qui faisait obstacle à leurs ambitions. Ce message de mort, qu'Ovide a toujours redouté, un soir de Tan XVII, n'est-il pas arrivé à Tomes? Nul ne nous en a rien dit. Mais nous pouvons le supposer sans trop d'invraisemblance. Peu après, Germanicus meurt, empoisonné, en Syrie, par Pison sur l'ordre de Tibère, comme Agrippa Postume, comme Julie, comme Fabius Maximus, récemment disparus.
Que pesait Ovide dans l'esprit d'un Tibère, qui avait ordonné de tels crimes déjà et devait en ordonner bien d'autres sur des personnages autrement puissants qu'un poète sacrifié par Auguste? Au reste, même si le poison ou l'ordre de se mettre à mort ne lui ont point été apportés par quelque centurion, le laisser ainsi à Tomes, en ce pays barbare, où il souffre du froid, de l'eau saumâtre, de l'alimentation, le maintenir là, sans utilité politique, alors qu'en ses dernières lettres il indique combien sa santé 'décline, abandonné qu'il est par l'appétit et par le sommeil*, alors qu'il supplie qu'on lui donne une autre résidence^, n'est-ce pas dans la pensée qu'il ne pourra survivre longtemps à ce régime, n'est-ce pas une façon déguisée de le condamner à mort?