‹ OvideChapitre 135 sur 154 · Ainores, II, X · texte numérisé non relu

Ainores, II, X

qui donc se penchait à son chevet? Quelque officier romain peut-être, ayant su quel était ce malade, ou quelque serviteur barbare, vaguement ému de savoir

que celui-là agonisait qu'on appelait le poète Oh!

cette agonie d'Ovide en cette chambre de Tomes, aux confins de l'Empire romain, c'est un des plus poignants spectacles qu'évoque pour nous l'histoire de la littérature latine.

La mort, parfois il l'avait souhaitée, pour qu'elle mît enfin un terme à ses souffrances, et puis il en avait repoussé l'affreuse perspective. « Je ne veux pas être enterré chez les Sarmates ^ », s'était-il écrié violemment. Vaine révolte! L'heure était venue, irrémissible.

Tandis qu'il gisait là, guettant l'écoulement de sa vie, aux lueurs de la petite lampe de terre ou de cuivre, voyait-il sur la muraille blanche s'inscrire une dernière fresque, quelques Champs-Elysées où l'attendaient ses amis, les poètes. Properce, Sabinus, Tibulle ou Virgile?... Mais ces Champs-Elysées, qu'ils étaient vagues dans l'imagination des anciens! Q,ue pensaient-ils au juste de l'existence qui les y attendait après la mort? Cro3^aient-ils même survivre à cette mort? Ovide avait parlé de son ombre, et souhaité qu'elle n'errât pas aux pays des Gètes ^, mais l'immortalité lui paraissait plus assurée, qu'il attendait de ses ouvrages et, dans ces derniers moments, sans doute se rappelait-il ces vers des JHétainorphoses ^ax lesquels il s'était promis la gloire.

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