CHAPITRE IX
ProLmus ul nwriar non cro, lerra, luus.
Ovide et les Romains. — Ovide et les chrétiens. — Sa popularité au moyen âge. — Ovide et les troubadours. — Le Koman de la Roée. — La légende d'Ovide à Sulmone. — Ses premières éditions. — La Renaissance. — Ovide et Ronsard. — Les Précieux et les Burlesques. — Ovide fournisseur d'opéras au xvii" et au xviii^ siècles. — Les Faéieé et les poèmes didactiques du xviii^ siècle. — Sa réputation baisse au xix^ siècle. — Retour vers Ovide.
Telle fut la fin du poète Ovide, mort en exil... Et, ce soir, où je l'évoque en ce pays latin, je songe qu'en cette petite ville provençale, où des Gallo-Romains cultivés connaissaient peut-être le nom d'Ovide, comme celui de Gallus, leur voisin de Fréjus, peut-être un soir quelqu'un, officier, marin ou marchand, arrivant de Rome, vint dire, quelques mois après: « Vous savez?... On
dit à Rome que le poète Ovide est mort, là-bas, au Pont-Euxin. »
Y a-t-il si longtemps de cela? Mais, si je parvenais à rassembler les gens dont je descends et qui ont vécu ici depuis cette époque, je les ferais tenir aisément, cinquante ou soixante, en cette bibliothèque où j'écris, et si de Tun à l'autre ils se transmettaient cette nouvelle pour me la communiquer, elle ne mettrait pas une minute à me parvenir... Comme ces temps sont proches ! Ce soir, Rome m'a Tair si voisine! J'use de ses vocables, je pense selon son esprit; si je relis ses poètes, ils me semblent plus près de moi que bien de mes contemporains, ils commentent pour moi cette nature, qui est restée identique, leur gloire fait partie de mon héritage familial, et c'est avec un joyeux orgueil que je recense, le long des siècles, les témoignages de cette gloire.
Celle d'Ovide fut aussi grande tout de suite, et pour bien longtemps, qu'il avait pu jamais le souhaiter. De son vivant déjà, elle avait été considérable; on avait loué THédécy imité les Héroïcfes; on les avait déclamées au théâtre, avec accompagnement de chant, de danses et de musique, et ces déclamations s'étaient poursuivies même après son départ de Rome\ \J Art d'aimer nsivdiii eu que trop de succès ; les Métamorphoses, échappées à la destruction qu'Ovide voulait en faire, avaient passé de main en main, et les élégies de l'exilé circulaient à Rome, avec tout l'attrait que pouvait ajouter à leur