Voir A. Bellessort, Virgile
LA GLOFRIC DU POKTi:. oZi
cadavres, ses trois gueules représentant les trois parties du monde ; le serpent cjui mord Orphée, c'est l'envie qui s'attaque à l'homme dans l'ombre.
D'ailleurs, a mesure que les études latines déclinent, le nom d'Ovide devient populaire parce que sa prolixité le rend facile à comprendre; Virgile est vénéré comme un prophète un peu divin, mais à cause de ce respect on ose moins l'imiter. On sent Ovide plus proche, plus humain; on est plus familier avec lui. A mesure qu'on avance, il semble que sa popularité s'affirme ; verbeux dans ses descriptions et ses comparaisons, il est un maître pour les conteurs du moyen âge, si diffus euxmêmes ; habile rhétoriqueur, il agrée aux gens d'école ; subtil analj^ste d'amour, raffiné, recherché jusqu'au jeu de mots, il plaît aux dames ; conteur d'histoires merveilleuses, il séduit toutes les imaginations. Ce romancier que nous avons vu percer dans le poète des AfétamorphoseSy il est adopté par les gens du moyen âge, curieux d'aventures étranges. Pour toutes ces raisons, il a un public toujours renouvelé, composé de gens très différents.
Aussi son nom se retrouve-t-il bien souvent sur les catalogues des monastères. On fait, dit Lactance, des résumés des Alétaniorphoscs, S'il y a quelques esprits austères pour les condamner et en menacer les lecteurs des peines de l'enfer, d'autres n'en soupçonnent point la malice, n'y voient qu'émerveillement et amusement. On est obligé de défendre à un professeur de lire à ses élèves Y Art d'aimer . Plus tard, de même, un moine, frère Bertrand Ginesse, de l'ordre des Frères Mineurs,
copiera les Remèdes ()' amour; il les commence, la veille de la Conception de la Bienheureuse Marie, à cinq heures du matin et les finit à onze heures du soir, le même jour, « à la louange et à la gloire de la Vierge Marie* ».
Ce n*est qu'un trait naïf, mais chez d'autres esprits, ce mélange du mystique et du profane se fait tout naturellement, et voici qu'Ovide tombe aux mains de ceux qui ont le plus subtilement opéré ce mélange et qui sont entre tous capables d'apprécier les qualités et les défauts de son œuvre, le voici aux mains des troubadours. Luimême n'avait-il pas été en quelque sorte le premier des troubadours, ingénieux à « trouver » en effet, à inventer, sinon le fond, au moins le détail, à raffiner sur le sentiment et sur son expression, à mêler l'esprit à la sensibilité; déjà il avait mis la main sur quelques-uns des thèmes essentiels des poètes provençaux; déjà l'on avait entendu chez lui les accents de la sérénade, quand il montrait l'amant à la porte de sa belle ; ceux de l'aubade, quand il déplorait le lever du jour ordonnant la séparation; ceux de la tenson, quand il mettait aux prises la tragédie et l'élégie, ou deux déesses qui se disputaient un hommage. Oui, ce n'était pas sans raison que les troubadours le prenaient comme maître. N'était- il pas le premier de ces Latins ingénieux, ardents et subtils, qui, des rives de l'Italie à celles de la Provence, ont fait fleurir ce que les Provençaux ont si justement appelé le « gay saber », la science gaie, la connaissance