‹ OvideChapitre 143 sur 154 · Purgatoire, XXVIII, Paradis, IX · texte numérisé non relu

Purgatoire, XXVIII, Paradis, IX

sor » de bien des emprunts faits à Ovide, à celle des troubadours, à celle aussi des trouvères.

Car les œuvres des trouvères sont toutes farcies d'Ovide, autant et plus que de Virgile*. Benoît de Sainte-Maure, en son Roman de Troie, raconte l'histoire de Jason, fait allusion à celle de Narcisse; Chrestien de Troyes commence sa carrière par une traduction de X Art d'aimer et des THéiamorphoses et s'en souvient quand il écrit Phllomena et compare Lancelot à Pyrame ; dans le Roman des sept Sages apparaît un Alpheus, qui n'est autre qu'Orphée; dans Flamenca sont énumérés les romans que chantent les jongleurs, et nous voyons qu'il s'agit de Pyrame, d'Héro, de Léandre, de Cadmus, de Jason, de Phyllis, de Démophoon, de Narcisse, d'Orphée, d'Hercule ; les mêmes histoires se retrouvent dans les lais, ceux de Marie de France ou ceux de Guillaume de Machaut, et tous ces poètes font parler d'ailleurs les héros antiques comme ceux de la Table Ronde. Nul souci, bien entendu, de la couleur locale; les noms, les légendes sont déformés selon le bon plaisir de l'auteur ou l'allégorie qu'il faut tirer de l'histoire.

C'est là surtout le but : tirer de toutes ces étranges histoires un enseignement moral; et cette intention est bien celle de Chrestien Legouais, qui, au début du xiii^ siècle, consacre trente-deux mille vers à interpréter

1. Voir L.SuDRE, Les « Mctainorpbodes » d'OAde et les poètes du moyen âge. Thèse latine. — E. Faral, Les Sources latines des romans courtois.

LA GLOIRK DU POKTK. 335

les Alélainorphoses en son OAde moralLé, car si « contraires à nos créances » que soient ces fables,

...Sous la (\'il)lc ^ist couverte La sentence plus proufTitable.

S'il 3^ a du mal, il est mis là pour qu'on s'en garde ; s'il y a du bien, pour qu'on l'imite; ainsi toute conscience sera aisément rassurée.

Moins aisément peut-être par les traductions de V /IrL d'aimer, celle de Chrestien de Troyes, aujourd'hui perdue, celle de Maître Élie, celle de Jakes d'Amiens, ou l'imitation latine qui en est faite dans le Painphiln.y, ou l'adaptation française, qui en est tentée dans la Clef d'amour, ou celle des Confort ou Remèdes d'amour.

Mais toutes ces imitations, adaptations ou traductions pâlissent devant le succès du Roman de la Rose :

Ce est li Romans de la Rose

Où l'art d'amours est toute enclose...

L'Amant, que célèbre Guillaume de Lorris, part à la conquête de la Rose ; dans le verger où l'escortent Déduit, Jeunesse, Courtoisie, Beauté, Sagesse, Franchise et Liesse, il aperçoit la Fontaine d'Amour, où se mire « le beau Narcissus », le pauvre « damoiseau » victime de sa beauté. Et quand Guillaume de Lorris abandonne la plume qui écrit ce nouvel Art d'aimer, Jean de Meung montre qu'il connaît tout aussi bien Ovide, lorsqu'il rappelle l'histoire de Pygmalion, celle de Vénus et Adonis, la légende de l'âge d'or, lorsqu'il

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donne des conseils à son jeune séducteur, ou qu'il fait parler une vieille entremetteuse. Au reste quand Amour harangue ses troupes pour les exciter au combat, il évoque le souvenir de Tibulle, de Gallus, et d'Ovide toujours.

Ainsi romans d'aventures, romans courtois, poèmes lyriques, poèmes didactiques s'inspirent également de lui. Connu des lettrés, il n'est même pas oublié par le peuple, au moins celui de son pays. Une légende se forme autour de lui comme autour de Virgile. D'Ovide aussi l'on fait un magicien, un prédicateur, un prophète qui a prédit la venue du Messie ; très lié avec Cicéron d'Arpinum, ils ont étudié, dit-on, à Rome et beaucoup voyagé ensemble, mais toujours Ovide est supérieur à Cicéron au cours de leurs aventures. Une chanson des Abruzzes célèbre Sulmona beW iido^' Viddlo nacque, la belle Sulmone où naquit Ovide, réalisant ainsi le vœu touchant formé par le poète. Une statue le représente, tel que l'on peut encore le voir à Sulmone dans la cour du lycée Ovide, sous l'aspect d'un grave docteur, le front ceint de laurier, avec une robe de clerc, un camail de chanoine ^ et qui tient sous son bras gauche un manuscrit sur lequel sont écrites quatre lettres : S. M. P. E., rappelant les premiers mots de son élégie biographique, où il indique son lieu de naissance : Suiino inlhl patrlaest, La devise est restée celle de la petite ville, orgueilleuse

1. D'après Bindi, dans ses JkEonunientl degll Abruzzl, cette statue représenterait en réalité le poète Marco Barbato, né à Sulmone, mort en i562, et qui fut l'ami de Pétrarque.

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