‹ OvideChapitre 145 sur 154 · LA GLOIRE DU POÈTE · texte numérisé non relu

LA GLOIRE DU POÈTE

scène Aconce ci CycTippe» Et voici que le sujet de Pyramc et Thisbé, tout spécial à Ovide, et que Shakespeare avait introduit dans le Songe cï une nuit de Lé, apparaissait sur la scène française en 1617, alors que Théophile de Viau en présentait au public le poignard rougi lâchement du sang de son maître; Puget de la Serre reprenait, en i63o, le sujet, où Pradon fera ses débuts en 1674 et qu'un autre La Serre portera à l'Opéra en 1726. Ce même Puget de la Serre, en 1639, faisait représenter les Amours des àieux, qu'il dédiait à la reine, ne pouvant les offrir, disait-il, qu'à une déesse, et citant Ovide. Quant au su]Giàe Phaéion, il est repris en 1622 par un anonyme, en i63o par Tristan, celui du Rmdssenientde Proserpinc par Claveret, dont la tragédie comporte une unité de lieu selon la perpendiculaire, puisqu'elle va <^ du ciel aux enfers, en passant par la Sicile ».

Dans cette voie facile, où la poésie est toute préparée, les poètes se précipitent. En i65o, D'Assoucy met en tragi-comédie, trois actes, prologue et musique, les Amours d'Apollon et de Daphné ; en i653, c'est Segrais qui compose un poème pastoral en quatre chants, non joué d'ailleurs, sous le nom 6! Atys, que devait reprendre Quinault. En i663, non content d'emprunter un sujet à Ovide, Gilbert le met lui-même en cause et porte à l'hôtel de Bourgogne les ^m^/^rtf ^6^^/^^, en cinq actes et un prologue, nécessaires pour un sujet aussi copieux. En 1666, l'abbé Boyer, sans le porter à la scène, lui emprunte les Amours de Jupiter et de Sémélé pour le théâtre de l'hôtel de Bourgogne; en 1670, de Visé pré-

sente au public les Amours de f^é nus et d' Adonis; en 1671, les Amours de Vénus et du Soleil.

Mais les plus nobles poètes eux-mêmes ne dédaignent point de mettre la main sur de tels sujets, et, pour revenir à la famille Corneille, nous voyons Pierre et Thomas puiser également dans Ovide. Pierre d'ailleurs n'avait-il point dès ses débuts ressuscité les suivantes d'Ovide? En i65i, ne lui avait-il point, du propre aveu de sa préface, emprunté son Andromède? Il poursuit en lui demandant, en 1660, la Toison d'or y et, de son côté, Thomas prenait à Ovide, en 1672, son Ariane, en 1676, sa Clrcé, en 1694, s^ Médée, musique de Charpentier.

Mais c'est aussi qu'Ovide est devenu, dès la fondation de l'Académie royale de musique, le fournisseur attitré des faiseurs d'opéras. C'est à lui que Perrin, avant l'ouverture de cette Académie sur le théâtre de l'hôtel de Guénégaud, avait emprunté son sujet d'^r/a/z^. C'est encore à lui qu'après cette ouverture, en 1669, il demande sa Pomone, qui tient huit mois l'affiche; en 1671, Quinault et LuUi, qui, dès 1672, prennent en main l'opéra français, suivent son exemple : c'est Cadmus, c'est Thésée, c'est Atys, c'est lo, c'est Proserpine, Persée, Phaéton et tout leur entourage mythologique qui, par leurs soins, se pressent successivement sur la scène de l'Académie royale. Et tous les auteurs de la même façon cherchent, dans le riche répertoire des Métamorphoses, personnages, situations, costumes, décors; car ces fabricants de livrets n'ont que trois sources où ils vont puiser continuellement : les Amadis, l'Arioste, les Métamorphoses. De la sorte, Boyer,

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