LA GLOIRE DU POKTE
Perrin, Duchc, J.-B. Rousseau, Campistron, Du Boulay, Fonlcncllc, La Moiic-Houdar, Danchct, Boursault, La Grangc-Chanccl, enfin tous les poètes de second ordre, qui cherchent dans l'opéra une consolation à leurs insuccès tragiques, fontdèfder sur la scène, au son des musiques de Lulli, de Campra, de Colasse, de Desmarets, de Gervais, de Cambert, tous les personnages que nous connaissons pour avoir lu chez Ovide leurs curieuses histoires ou leurs étonnantes transformations.
On pense bien qu'au dix-huitième siècle le pillage de tant de galanteries poétiques ne pouvait que s'affirmer. Plus que jamais Ovide triomphe à l'Opéra par les soins de La Motte, Roy, Lefranc de Pompignan, La Serre, Marmontel pour les paroles, de Batistin, de Grétry, de Cherubini, de Rameau pour la musique, qui ressuscitent Léandre, Héro, Céphale, Procné, Démophoon ou Pygmalion. Un nommé Fuzelier fait précéder les Amours des dieux, opéra-ballet, d'un prologue où Ton voit les Sarmates de Tomes célébrer des jeux funèbres en l'honneur d'Ovide, pour le remercier de leur avoir apporté Y Art d'alnicr^ ,
Ovide triomphe aussi dans le livre, où d'ailleurs il n'avait jamais cessé de régner. N'avait-il pas déjà inspiré à La Fontaine, outre un Acls et Galatée, non réalisé, les accents délicieux à! Adonis et de Philémon et
1. Tous ces renseignements, et bien d'autres sur le théâtre français, sont mis à la disposition des chercheurs par l'amabilité de mon concitoyen, M. Auguste Rondel, dont la bibliothèque est justement célèbre.
BaucU? Il va influencer de plus en plus tous les beaux esprits, tous les artistes qui, de Le Brun à Boucher, trouvent chez lui de perpétuels sujets de tableaux, majestueux ou galants, tous les poètes erotiques, badins ou didactiques. Celui qui donnait le ton à la mode littéraire. Voltaire, faisant V « Apologie de la Fable », ne s'écriait-il pas :
Ces montagnes, ces bois qui bordent l'horizon Sont couverts de métamorphoses...
Il appelait le cerf Actéon, le rossignol Philomèle, il évoquait T Olympe peuplé de héros amoureux et, en regard de cette brillante mythologie, il plaçait « le porc de saint Antoine, le chien de saint Roch », les reliques, les scapulaires, la guimpe d'Ursule, la crasse du froc »... Préférant à la légende dorée du moyen âge celle de l'antiquité, au génie du christianisme celui du paganisme chanté par Ovide, faisant remarquer que notre almanach est encore païen comme celui du poète des Fastes, il s'écriait :
On chérira toujours les erreurs de la Grèce, Toujours Ovide charmera î
Et, tandis qu'André Chénier sculpte en secret, d'après Moschus d'ailleurs aussi bien que d'après Ovide, le bas-relief où Jupiter enlève Europe, que dessinent et peignent de leur côté Bouchardon et Le Moine, tandis que Colardeau imite les Héroïdes, après l'Anglais Pope, en écrivant la lettre d'Abélard à Héloïse, que Dorât