LA GLOIRE DU POLTE
chante d'après les J'\hrU's les grâces du mois de mai ou riiisloire de Narcisse, célébrée aussi par Malfdâirc, Gentil-Bernard, loué j)ar Voltaire, accommode l'y/// c)' aimer k lix mode du dix-huitième siècle: billets doux, soubrettes, toilettes des belles, propos galants, conseils libertins, tout 3^ est, sauf la ps^^chologie d'Ovide et la couleur chaude de la Rome antique.
Mais d'autres sont plus graves : Montesquieu donne à V Esprit des lois une épigraphe tirée d'Ovide : Proies sine maire creata, s'assurant ainsi la totale propriété de « cet enfant né sans mère ». Et puis les poètes didactiques s'emparent du poète des Fastes, Déjà, je l'ai dit, Antoine Godeau, évêque de Vence au dixseptième siècle, le précieux Godeau avait, à son imitation, composé les Fastes àe l'Eglise en seize chants. Et voici que Saint-Lambert publie les Saisons à l'imitation sans doute de l'Anglais Thompson, mais aussi du Latin Ovide, ainsi qu'il l'avoue lui-même dans sa préface. Plus directement encore s'en inspirent, la même année 1779, Rouclier qui publie les JJÏois, Lemierre qui publie les Fastes et qui avait, en 1768, emprunté à Ovide sa tragédie à! Hypennnestre, Ils l'avouent tous les deux, et tous les deux regrettent d'ailleurs qu'Ovide ait eu affaire plus qu'eux à une religion, à des usagés, à des fêtes, dont les « origines piquantes », les « agréments », « les tableaux enchanteurs étaient bien supérieurs à ceux d'un temps et d'une religion austère qui ont banni tout ce qui peut flatter les sens ». Il leur faut donc se rejeter sur les épisodes pittoresques ou galants, et ni l'un ni l'autre n'y manque. En dépit de ces gentillesses, leurs
poèmes n'ont qu'un succès d'estime. A Chanteloup, Choiseul et Delille parlent des Jfïols^ Choiseulne les a point lus. « Il est vrai, remarque Delille, qu'un poème de dix mille vers est une lecture longue et un peu pénible! . — Dix mille vers de Roucher, s'écrie Choiseul, il faudrait dix mille hommes pour les lire ! »
Il aurait lu sans doute avec plus de fruit la belle traduction en prose que faisait des Fastes, quatre ans après, M. Bayeux, avocat au Parlement de Normandie, qui savait expliquer ingénieusement, nous l'avons vu, l'exil d'Ovide; il aurait lu plus aisément sans doute la Guerre des dieux d'Évariste Parny, parodie indécente de deux religions, qui, heureusement pour Ovide, doit beaucoup moins qu'on ne le dit aux AféLamorphoses, ou les Lettres a ÉmiLle dans lesquelles Demoustier essaie de mettre la mythologie à la portée des jolies femmes...
C'étaient là, malgré leur ton badin, des rappels déjà mélancoliques de la société charmante et légère que balayait le souffle révolutionnaire. Désormais les temps sont clos où l'on goûtait, avec « la douceur de vivre », celle de fréquenter comme des amis les poètes anciens. Et puis cet Ovide, qui a fait si longtemps figure de petit-maître, ce poète dont on a trop fait depuis deux siècles un poète de salon et d'alcôve, ne saurait trouver grâce dans la société nouvelle qui s'organise. C'est en vain qu'un éditeur populaire essaie, en l'an X, de rajeunir les JHétaniorphoses en les présentant