Voir DE Saint-Ange, traduction des Fades, ii, p
LA GLOIRK I3U FOKTE. H9
ornccs de gravures et de quatrains « propres à les fixer dans la mémoire des enfants », et en les faisant précéder d'une dissertation déiste au goût du temps. C'est en vain que M. de Saint-Ange traduit en vers français et commente, par « des remarques de littérature fleurie ", les /7fi'lamorphû.re,r et les Fastes, en « évitant les mots techniques, en changeant un peu ce que le costume d'Ovide a de trop antique et en lui donnant un air vraiment français ». C'est en vain que Treneuil, bibliothécaire à l'Arsenal, en 1817, publie, imités d'Ovide, des Poèmes éiéglaques précédés d'un discours sur l'élégie héroïque. Souvenirs d'un temps passé, regrets de vieux lettrés : le règne d'Ovide est clos avec celui de la société mondaine qui en fit son poète.
Au reste, contre le génie du paganisme qu'il a tenté d'écrire, se dresse « le génie du christianisme », et puis, après Chateaubriand, tout le romantisme. Sans doute, Lamartine à ses débuts, tout imbu encore de classicisme, et qui connaît Ovide à travers Pétrarque et Parny, le cite encore avec honneur parmi les illustres victimes de la poésie :
Aux rivages des morts avant que de descendre, j Ovide lève au ciel ses suppliantes mains ; Aux Sarmates grossiers il a laissé sa cendre \
Et sa gloire aux Romains. /
Mais Victor Hugo, s'il se compare, enfant sublime, à cet Ovide, qui ne pouvait rien dire qui ne prît la forme des vers, s'il lui emprunte l'épigraphe d'une de ses odes, si plus tard il sculpte à son tour le bas-relief
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d'Europe enlevée par Jupiter, d'après Chénier au reste plutôt que d'après Ovide, il s'écarte bien vite cependant d'un poète qu'il juge trop frivole et trop classique. Ni Musset ni Vigny ne semblent avoir subi non plus l'influence de son œuvre.
En cette première moitié du dix-neuvième siècle, Ovide ne semble, parmi les poètes, conserver d'autre I admirateur que Banville, qui reconnaît sans doute en lui une facilité étincelante, comparable à celle qui fait sa jeune gloire, le goût du développement, de la difficulté vaincue, et surtout cet immense amour delà poésie et des poètes qui les caractérisent tous les deux. Dès son premier recueil, il place en épigraphe d'une élégie deux vers d'Ovide, comme plus tard dans les Prlncessejil placera sous une autre épigraphe de lui son évocation d'Andromède ; dès avant d'avoir écrit les ExliétC^ il les ] voit déjà dans les Cariatides^ tous ceux qu'à la même I époque Stello, nous l'avons vu, place au ciel d'Homère, « et, parmi eux, cet Ovide qu'oubliait Vigny :
Ovide fugitif, buvant
Le lait d'une jument sarmate
Au désert glacé par le vent...
Ainsi, par son malheur, Ovide semble se réhabiliter
I aux yeux des néo-romantiques. Mais voici le Deux-
/ Décembre, l'exil de Victor Hugo, la comparaison
^ facile et fausse entre l'exilé de Jersey et celui de Tomes.
Ce n'est plus seulement le poète galant, charme des
classiques, que méprisent les disciples de Victor Hugo,
I c'est le proscrit qui a supplié un empereur. Sans exa-
LA GLOIRE DU POITF:. -Si
miner les conditions et les causes vraies de cet exil, que j'ai essayé de démêler, la critique universitaire méprise Ovide, et de Thomme son mépris remonte au poète.
Cependant on le traduit encore, car il est utile aux études scolaires de par sa clarté, la facilité de son style. M. Cabaret-Dupaty, M. de Parnajon, M. Charpentier, M. Pessonncaux, d'autres estimables professeurs mettent « le plus grand soin », disentleurs éditions, à traduire les Alclainorphoses, mais surtout à les trahir, en réduisant le texte à l'allure de la plus honnête et bourgeoise prose ; de sorte que, placés de la sorte entre les traductions fleuries du dix-huitième siècle et les plates traductions du dix-neuvième siècle, nous n'avons pas encore, à ma connaissance, de traduction valable d'Ovide. Prenons toutefois patience ; on nous annonce que M. Marcel Prévost doit traduire les Héroïdes, les premières de ces Lettres de femmes dont les dernières ne sont pas les moins charmantes.
Alors, trahi par ses traducteurs, méprisé par les gens qui n'admettent point qu'un grand poète n'ait pas toujours un très grand caractère, Ovide est resté aux mains des érudits, qui, en deçà, et surtout au delà du Rhin, ont trouvé dans ses œuvres une riche matière, et puis aux mains des enfants qui deviennent des adolescents. Et je m'en plaindrais pour lui, si ce n'était peutêtre la meilleure part que d'être lu, ou même balbutié par des lèvres si fraîches encore, par des yeux si vite émerveillés, par des âmes où résonnent si haut tous les grands noms, et pour lesquelles il restera le premier rencontré des poètes latins. Tel l'évoque, dans ses sou-
venîrs de lycéen, Edmond Rostand, ingénieux et subtil comme lui^
C'est un grand rôle que d'être cet initiateur de l'enfance à la poésie grecque et latine. Mais Ovide peut en jouer d'autres : fournisseur incomparable d'histoires et de situations tragiques dans un décor d'antique beauté, n'a-t-il pas en partie sans doute inspiré à Leconte de Lisle sa Nlobé, à Hérédia peut-être quelques-uns de ses sonnets, à Albert Samain, à coup sûr, son Polyphenie? Car, à mesure que les Parnassiens et leurs disciples reviennent aux lettres antiques, et bien que ce soit plus aux Grecs qu'aux Latins, Ovide est assez grec pour trouver grâce devant eux. C'est ainsi que nous voyons un auteur dramatique, qui s'est donné la noble mission de rajeunir la tragédie antique, Alfred Poizat, extraire des yJIétainorphosesMne tragédie de JHéléagre etAtalaiite, une Pandion inédite encore, un acte charmant, qui met en scène, sous ce titre même. Écho et Narcisse^ et en partie une Clrcé^ que vient de représenter la Comédie- Française ^
Poète des enfants qui s'initient au latin, Ovide reste donc encore, comme aux siècles classiques, un étonnant fournisseur de sujets pour les poètes dramatiques. Il joue de plus un rôle dont on se doute assez peu : il siège au plafond du Palais Bourbon où Delacroix l'a représenté chez les Scythes, entouré des Barbares