‹ OvideChapitre 17 sur 154 · I6ic}.j · texte numérisé non relu

I6ic}.j

ble pas avoir été bien vif; de lui-même cet excellent père prend soin de pousser aussi loin qu'ils peuvent le désirer Téducation de ses deux fils, et, comme Sulmone leur offre bien vite des ressources insuffisantes, il les envoie à Rome.

Histoire banale : le petit provincial arrivant dans la capitale pour y compléter son instruction, s'y adonner aux lettres et, si possible, y conquérir la gloire. Histoire douloureuse souvent dans le Paris moderne, mais dans la Rome antique aventure lumineuse. Il ne s'agit point ici de déracinés, souffrant d'être arrachés à leur milieu naturel. Sulmone est tout près de Rome, 90000 pas, nous dit Ovide, 176 kilomètres, nous disent les guides modernes. Le climat est le même: Ovide n'a point connu les nostalgies de tel poète moderne arrivant d'un beau pays du Midi dans une capitale embrumée. A Rome il est chez lui aussi bien qu'à Sulmone, sous le plus beau des cieux, dans la ville la plus noble et la plus pleine de grands souvenirs.

La bataille d'Actium vient de clore les guerres civiles. Au mois d'août de l'an 29, dans la splendeur de l'été romain. Octave, vainqueur d'Antoine, rentre à Rome, il y reçoit le titre à! linperator; Ovide a quatorze ans ; adolescent ébloui, il voit cette procession de victoire, les foules ruées à Rome pour admirer le cortège, le vainqueur jetant l'encens sur les foyers sacrés, distribuant aux vétérans les décorations, et dans sa

UN 1:NFANT prodige. i5

lobc brodée s'avançant vers le Caj:)iiole, debout sur son char d'ivoire, que précèdent, sculptées dans l'argent et dans l'or, les images des villes captives, des fleuves, des montagnes, les trophées d'armes, et que suivent les prisonniers de guerre, au milieu des acclamations du peuple qui lance aux soldats des touffes de roses. Tel, dans l'exil, il devait imaginer plus tard, sans pouvoir le contempler, le triomphe de Germanicus ou celui de Tibère, vainqueur des Germains \

Comme un Victor Hugo enfant, grisé du bruit de la foule et de la gloire aux retours de Napoléon, le petit Ovide a battu des mains sur le passage du cortège impérial, et les beaux vers aussi, en long cortège triomphal, s'ordonnent dans son esprit que prennent soin d'orner de jour en jour les maîtres les plus illustres.

Ces maîtres, vers lesquels son père l'a dirigé dès son arrivée à Rome, nous en connaissons les noms et nous savons leur influence sur lui. Ce n'est point un révolté que ce jeune Ovide, au reste nul poète de l'antiquité. C'est une mode toute française que de se vanter, poète, d'avoir été un mauvais élève. A Rome la poésie sortait de l'école même et l'école était l'alliée de la poésie : l'Italie a conservé cette précieuse tradition. En France, lire des poètes en classe a semblé longtemps quelque divertissement des jours de fête ou quelque manœuvre clandestine, mais à Rome, comme en Grèce, l'enseignement était à base de poésie. Cela donnait à

Page 1