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Pontltjues, II, I et III, iv

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la poésie un ton moins personnel peut-être, mais par cela même plus social ; cela faisait du poète non point cet être (Mii a l'air toujours un peu de vivre en marge de la société moderne, mais un homme qui remplissait une sorte de fonction officielle.

Ainsi poésie et rhétorique marchaient en excellent accord; les discours s'ornaient de citations poétiques, les poèmes étaient composés comme des discours.

A cet entraînement, Ovide ne devait point résister, et bientôt, avide de succès scolaires, il s'y plie avec la plus étincelante facilité. Il devient un de ces précoces et merveilleux élèves que Ton cite dans les écoles longtemps après leur départ, de la race de ces vétérans de rhétorique, qui, dans notre dix-neuvième siècle, enlevaient au concours général les prix de composition française et de composition latine.

C'était alors le règne des déciainations, Quintilien, Sénèque le Rhéteur nous ont laissé d'abondants détails sur ce genre d'exercices. Voici d'abord les suasonœ..,.

Mais ce genre-là, ne Tavons-nous point pratiqué nous-mêmes? Jadis, — car aujourd'hui* cette sorte de travail a été banni de nos classes comme trop artificiel, ' — - jadis, c'est-à-dire il y a quelque vingt ans seulement, nous avons prêté aux grands personnages de l'histoire et de la littérature des pensées et des phrases qu'ils eussent été bien étonnés d'avoir jamais inventées. Annibal, lequel d'entre nous n'a pas harangué ses soldats du haut des Alpes en leur montrant les riches campagnes de l'Italie? Boileau, un autre écrivit à Racine pour l'encourager dans sa lutte contre ses ennemis ; Bossuet,

nous avons dirigé les pensées du grand Dauphin, Fénelon, du duc de Bourgogne ; Jean-Jacques Rousseau, nous avons exprimé notre haine à Voltaire; Victor Hugo, nous avons crié : « Courage! » à Lamartine....

Puéril et passionnant exercice ! Pour un instant nous échappions aux réalités 'scolaires et bourgeoises qui nous entouraient. Petits écoliers de rhétorique en quelque sous-préfecture, nous étions les maîtres du monde, les généraux vainqueurs, les poètes illustres; nous donnions des conseils, nous faisions des remontrances aux grands de la terre. Enivrement de la seizième année! Notre enthousiasme livresque nous plaçait de plainpied avec ce que Thumanité a porté de plus glorieux —

Les écoliers romains, pratiquant ces mêmes exercices, participaient aux mêmes enthousiasmes et plus encore, car Tesprit critique était moins aiguisé, et la rhétorique, alors, ce n'était pas seulement le but d'une seule classe, mais la substance même de toute réducation. Ainsi étaient-ils tour à tour, ces adolescents, Priam qui suppliait Achille de lui rendre le cadavre d'Hector, Numa Pompilius délibérant s'il acceptera la royauté que lui offrent les Romains, Sylla abdiquant la dictature devant l'assemblée du peuple. César hésitant à prendre le pouvoir royal, Annibal, dont la gloire, nous dit Juvénal, n'était plus devenue qu'un sujet de déclamation.

D'autres sujets dépassaient même la vie politique ; on demandait aux élèves s'il était possible de creuser un port à Ostie, de dessécher l'isthme de Corinthe, si le soleil était plus grand que la terre, si la lune était

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sphérique, pleine ou conique, s'il n'y avait qu'un seul monde ou plusieurs. Toutes ces questions étaient gravement exposées et discutées ensuite entre le maître et les élèves.

On discutait plus vivement encore s'il s'agissait des controi^erAœ, car la controi>ersia était une sorte de procès fictif, tel que l'on en institue encore dans nos conférences d'avocats. Nous souririons peut-être de cet exercice, si, en parcourant les tableaux des secrétaires de la conférence du barreau de Paris, nous n'y retrouvions les noms de plusieurs de nos ministres ou présidents de la République. Mais, alors que nos jeunes avocats ont le bon sens d'agiter des causes possibles, quoique fictives, les rhéteurs romains, dans leur désir de raffiner, proposaient aux élèves des sujets de plus en plus bizarres. (Quelques années après, le fin Marseillais Pétrone raillait cette manie : « Ce ne sont que pirates, qui se tiennent sur le rivage avec des chaînes à la main, que tyrans, rédigeant des édits par lesquels il est ordonné aux fils de trancher la tête de leurs pères, que réponses d'oracles, en vertu desquelles il faut chasser la peste, immoler trois vierges ou davantage. Ce ne sont que boulettes de paroles emmiellées ; les mots, les faits, tout y est comme saupoudré de pavot et de sésame*... »

Et de la même façon l'auteur inconnu du Dialogue des orateurs, Tacite peut-être, s'écriait : « Quels sujets, grands dieux!... Récompenses attribuées aux tyranni-

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