‹ OvideChapitre 23 sur 154 · CHAPITRE II LA JEUNESSE D'UN POÈTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LA JEUNESSE D'UN POÈTE

Cédant carnumbus reijes regiunquc Lriumphi

Le voyage de Grèce. Pompeius Macer. - En Sicile. — Le retour à Rome. — Ovide magistrat. — Ses deux premiers mariages. — Au « collège des poètes ». — Premiers essais : La Glganioinachle , Jlédée. — Vers le monde. — La société romaine.

Cependant, au delà de Fécole de rhétorique, il en était une autre, plus enivrante encore, celle de la Grèce.

Ce voyage de Grèce que faisaient alors les jeunes lettrés de Rome, c'était leur villa Médicis, leur palais Farnèse, leur école d'Athènes.

Une haute culture s'y complétait par la vision même des lieux et des monuments, dont on avait lu si souvent la description dans les classes, et les héros grecs reprenaient une vie nouvelle, quand on poursuivait leurs ombres sous les cieux qui avaient éclairé leur vie.

Comme tous ses condisciples Ovide avait, de bonne

heure, appris le grec. C'était pour les jeunes Romains ce que le latin a été et reste encore pour nous ; c'était plus encore, car on apprenait le grec à Rome mieux que nous n'avons en France appris le latin et Ton savait par cœur les poètes grecs. Leurs œuvres étaient la source toujours vive, où depuis deux siècles la poésie latine s'abreuvait; on se vantait de les imiter, on étalait avec orgueil les dépouilles qu'on leur avait arrachées, car, en ce temps-là, le plagiat était une gloire et l'on ignorait la propriété littéraire.

Poète des Aniourj-, des JffétaniorphosesouàQs Tristes, toujours Ovide sera l'hellénisant qu'il a été dès l'adolescence ; d'Homère aux Alexandrins du Musée, nul poète qu'il ne connaisse, auquel il n'ait fait peut-être quelque emprunt. Il conseille aux jeunes femmes de lire les vers de Callimaque, d' Anacréon et de Sappho *, aux jeunes gens qui veulent être aimés de connaître le grec, comme le latin '^ « Ahl pour l'amour du grec souffrez qu'on vous embrasse ! » disait-on déjà peut-être à Rome.

Plus tard, à Tomes, à l'affût de tous les navires qui touchent au petit port, il interroge les matelots en latin ou en grec\

Aussi, pour ce jeune homme qu'ont enchanté dès l'enfance les poètes grecs, partir pour la Grèce, quelle ivresse définitive! Du reste, les plus illustres des Romains lui avaient montré la route : Cicéron avait

Page 1