‹ OvideChapitre 24 sur 154 · Triâtes, III, xii, S · texte numérisé non relu

Triâtes, III, xii, S

LA JEUNESSE D'UN POÈTE. sS

séjourné A Athènes, <i Rhodes, en Asie Mineure ; son ami Aiticus, fixé en Aiticjue, n'avait voulu être connu que par son surnom, comme un Stendhal se qualifiant sur sa tombe de jHUanac, Quelques années après, Virgile allait tenter, lui aussi, ce voyage trop tardif pour ses forces épuisées.

A dix-huit ans, voici donc Ovide qui se met en route; la terre et la mer, pacifiées depuis cinq ans, lui offrent un chemin sûr. Pour un voyage maritime, on attendait généralement les beaux jours ; c'est donc sans doute au printemps de Tan 26 avant notre ère qu'Ovide quitte Rome pour s'embarquer vraisemblablement à Brindes. Tandis qu'il s'élançait vers le port, en ce printemps latin, pouvait-il penser que trente ans plus tard, en un froid décembre, il s'acheminerait péniblement au delà de la Grèce vers la terre barbare assignée à son exil?

Mais alors, en ce matin de ses dix -huit ans, penché à l'avant du navire, tandis que devant lui la mer céruléenne se dépliait avec un bruit de soie, ivre d'espoir et de poésie, il voyait à l'horizon se lever toutes les belles formes de la mythologie grecque : Vénus née de cette mer, dans la volupté saline des matins primitifs, Icare qui vint y abîmer son vol audacieux, les dauphins qui portaient le chanteur Arion, les alcyons qui pleuraient la mort de Céyx. Voici que, dans la clarté méditerranéenne, tout s'animait autour de lui de ce qu'il avait rêvé, enfant studieux, sous les portiques des écoles romaines. Et quand, plus tard, il plongera dans sa mémoire, il en retirera toutes ces belles histoires, il les

retrouvera, non point sèches et scolaires, mais baignées de leur vrai soleil et toutes fouettées de vent marin.

Il avait tout son temps pour son voyage de poète ; sans doute dut-il prendre la route la plus longue, sans doute dut-il apercevoir au loin cette île de Cythère, dont il devait chanter si souvent la déesse, les golfes arrondis de Malée, les Cyclades, dont chaque nom tintait dans sa mémoire parmi les vers des poètes grecs, Paros aux beaux marbres, Cimolos d'un blanc neigeux sur l'horizon, l'opulente Syros et l'humble Mycanos; puis il a doublé le cap Sunium, il est arrivé au golfe sûr du Pirée. Dans Y Art cy aimer il décrira « les coteaux du mont Hymette, empourprés de fleurs, les sources secrètes qu'entourent de verts gazons, les romarins, les lauriers ou les myrtes qui mélangent leurs parfums, le buis touffu, la bruyère fragile, le grêle cytise et les pins domestiques, qui forment des bosquets où se jouent les zéphyrs et les vents salubres » ^

Cependant de telles descriptions sont rares dans son œuvre ; d'ordinaire il ne travaillera point sur nature, mais d'après les poètes grecs et surtout, nous le verrons, d'après les peintres et les mosaïstes. A-t-il visité toute la Grèce? Il n'en dit rien et c'est peu probable. Q^ue fit-il à Athènes? Sans doute n'imita- t-il point le fils de Cicéron qui s'y entraînait, quelques années avant, à boire sans faiblir six litres de vin par jour.

Mais il ne s'attarde pas en Grèce; d'Athènes il cingle vers l'Asie et d'abord vers cette Troade, qu'avait

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