Ars. ani.j III
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chantée llomcre et que les légendes italiennes représentaient comme le berceau de Rome.
On voyageait volontiers en compagnie sur les longues routes de l'antiquité, peu sûres le plus souvent ; Ovide fixisait route avec un ami très cher, poète comme lui, qui s'appelait Cneius Pompeius Macer; poète, il devait chanter ce qu'Homère avait négligé de conter, le rapt d'Hélène, le départ des Grecs pour Troie, les premières années du siège jusqu'à la colère d'Achille. Q^uel compagnon enthousiaste il devait être chaque jour pour Ovide sur ce chemin de la Troadel
Avec ce nom romain, il était pourtant d'origine hellénique, petit-fils d'un historien grec, Théophane de Mitylène, ami de Pompée, qui avait été son protecteur et, si l'on peut dire, son parrain, l'ayant adopté, d'où son nom de Pompeius. Erudit, poète. Grec de Mitylène, latinisé par adoption, quel meilleur guide pour le jeune Ovide à travers la Troade et les villes d'Asie, que ce Pompeius Macer, auquel Auguste plus tard devait confier l'organisation des bibliothèques impériales ?
Tels, tous les deux, ils allaient à la découverte vers les rives fameuses, mais plutôt que les découvrir il leur semblait sans doute les retrouver, tant les vers d'Homère leur avaient rendu ces lieux familiers. Enivrement de voii' les pays qu'on a rêvés à travers les œuvres des poètes; quelque chose flotte sur eux, un halo de gloire qui s'ajoute à celui du soleil. On crierait aux pierres, aux arbres, aux collines, aux ruisseaux : « Mais c'est donc vous 1 Et ce n'est que vous 1 Vous étiez
plus beaux encore dans mes rêves. Mais je suis heureux tout de même de vous voir et surtout de dire à tous plus tard que je vous ai vus! »
Voir la plaine de Troie, les débris de la ville fameuse, le Simoïs, le Xanthe, ombragé de peupliers ^ les humides vallées de ^Ida^ les coteaux où grandissent les cèdres^, le Méandre, où chante le cygne blanc et qui joue à se recourber tant de fois sur lui-même en ramenant souvent vers leur source ses eaux fatiguées *, le mont Tmolus, dont Tun des versants regarde Sardes, Tautre Hypoepa^ le lac Samalcis, si limpide qu'on en voit le fond^; voir, dans le vertige de la dix-huitième année, ces coteaux, ces rivages, ces villes, ces ports ruisselants de soleil et de poésie, — quel rêve pour ce jeune homme échappé des écoles, quel éblouissement qui le laissera sans doute plus poète encore qu'il n'est parti de Rome 1 . . .
Et dire, comme ont fait ses commentateurs, qu'il n'a pas profité de ce voyage, parce qu'il n'y a pas dans son œuvre d'allusions topographiques, de descriptions exactes, de précisions géographiques, parce qu'il n'y a rien dans cette œuvre qu'il n'eût pu y mettre sans avoir voyagé, d'après des catalogues, des cartes et des poèmes grecs, n'est-ce pas méconnaître les vraies conditions de