‹ OvideChapitre 26 sur 154 · LA JEUNESSE D'UN POETE · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE D'UN POETE

la poésie? Un poète n'est pas un topographe ni un géographe; ce n'est pas tel ou tel détail qu'il rapporte d'un voyage, mais un souffle, une conviction, une inspiration, plus vague si l'on veut, mais plus profonde aussi. Dire que d'avoir voyagé, enfant, en Espagne, n'a servi en rien à Victor Hugo parce qu'il n'a décrit que bien vaguement l'Espagne dans son œuvre, c'est méconnaître que sans doute Hernani est sorti, comme le voulait Edmond Rostand, de cette soirée où le petit Victor s'est arrêté dans la vieille ville espagnole. Si Ovide à son âge mûr entreprend d'écrire les Afétaniorphoses, n'est-ce point peut-être en retrouvant au fond de son âme les éblouissements de sa dix-huitième année sur les routes de la Grèce et de l'Asie?

Cependant, malgré tant d'enivrements, il faut revenir à Rome. De nouveau il traverse l'Archipel radieux, peut-être met-il le pied en cette Crète, dont il parlera si souvent, et le voici en Sicile. Macer l'accompagne toujours; il le lui rappellera du fond de son exil et comment ils ont vu ensemble le ciel embrasé des feux de l'Etna, le lac d'Enna, sur les rives duquel Pluton enleva Proserpine, les lourds marais de Palicus, dont les eaux exhalent l'odeur du soufre, l'Anapus roulant ses ondes au Cyané, et la source d'Aréthuse* —

Voyageurs peu pressés, ils ont passé là-bas près d'une année entière, tantôt parcourant les routes sur des chars légers, tantôt longeant les côtes sur un navire à la coque peinte, et dans leurs longues causeries les

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