‹ OvideChapitre 28 sur 154 · Métanu, VII, ^Z · texte numérisé non relu

Métanu, VII, ^Z

LA JEUNKSSi: D'UN FOKTE. 5i

rapporte avec lui à Rome tous les dieux de hi Méditerranée—

On voudrait l'imaginer à cette date de sa vie, mais ni à cete date ni plus tard il n'est aisé de le faire. La statue que Ton montre dans la cour du « collège Ovide », à Sulmone, c'est une œuvre du moyen âge ou de la Renaissance, née avec son costume de docteur et son laurier, de la seule imagination d'un artiste érudit. C'est peut-être même simplement la statue d'un Sulmonais du xiv* siècle, transformée complaisamment en statue d'Ovide. Il n'est point, à ma connaissance, d'effigie authentique du poète, et pas plus que les autres poètes de Rome, il n'a songé à se décrire lui-même.

Pour l'imaginer nous n'avons d'autre ressource que de le replacer dans son temps et sa race, et de la sorte nous apercevons le visage glabre des Romains du siècle d'Auguste, les cheveux un peu longs et frisés, les yeux vifs et mobiles, que devait avoir cet homme spirituel, et peut-être ce grand nez que nous rappelle le surnom de sa famille; Naso, c'est ainsi qu'il se nomme toujours quand il parle de lui... Naso, l'adolescent au grand nez, « indice d'un homme bon, courtois, affable, spirituel », ainsi que le dit Cyrano, et prêt à respirer tous les parfums des voluptés et des élégances romaines.

Cependant, à Rome, un avenir encore incertain l'attendait, et aussi un deuil de famille. Soit au cours de son voyage, soit après son retour, ce frère très cher, avec lequel il avait fait ses études, meurt prématurément.

« Je commençais, dit le poète, à être privé d'une partie de moi-même*. » C'est peu et c'est beaucoup, et là-dessus, avec cet esprit de dénigrement qu'ont apporté à raconter sa vie la plupart de ses biographes, on l'a accusé de n'avoir pas pleuré son frère, comme Catulle l'avait fait pour le sien dans une élégie restée célèbre*. Composer une élégie sur la mort d'un être cher, ce n'est peut-être pas une preuve absolue que cette mort nous a touchés très profondément; le silence, dont s'enveloppent les grandes douleurs, est quelquefois plus significatif, et qu'Ovide n'ait consacré qu'un vers à déplorer la mort de son frère, cela ne nous éclaire ni dans un sens ni dans l'autre sur ses vrais sentiments à son égard. En tout cas, leurs routes avaient de bonne heure divergé, puisque son frère se destinait, dès l'adolescence, à l'éloquence du barreau, et qu'il ait fait les vers qui nous ont été conservés sous le nom de Lygdamus, cela semble peu probable, malgré les ingénieuses déductions de M. Fréd. Plessis'.

Resté donc seul à Rome, mais entouré de nombreux amis, Ovide est à l'âge où l'on doit choisir une carrière. « Il ne manque à l'oisiveté du sage qu'un meilleur nom, dit La Bruyère, et que méditer, lire et penser s'appelât travailler. » Ovide était bien de cet avis, mais ce préjugé, qui existait encore au dix-septième siècle contre l'homme de lettres, et qui n'est même pas tout à fait

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