Triâtes, IV, x
LA JEUNESSE D'UN POETE. 5g
Ainsi, quand le bûcher suprême m'aura pris, Je survivrai par le meilleur de moi .
C'était là reprendre, en les développant, les nobles accents, tout neufs encore, d'Horace : <' J'ai élevé un monument plus durable que l'airain. » Ainsi cet orgueil qui soutient, au milieu des disgrâces de la vie, le labeur du poète, se propage de siècle en siècle. Après deux mille ans, nous l'entendons encore vibrer chez Théophile Gautier :
Travaille, l'art robuste Seul a l'éternité ;
Le buste ^
Survit à la cité.
Tels étaient les sentiments avec lesquels Ovide se jetait dans la carrière poétique. Mais, pour mériter cette gloire enviée, si docile qu'il fût aux suggestions de ses aînés, il fallait cependant essayer de se créer un domaine personnel en ce pays de la poésie.
Faire un poème épique, comme tant d'autres, après tant d'autres, c'était un exercice d'école. Ovide s'y essaie d'abord dans cette Glgaiitoniachle où il tente de conter la guerre des géants et des dieux; elle l'accable bientôt de son poids d'érudition gigantesque en effet; il gît écrasé sous ses débris, comme les géants sous l'Etna.
Alors il abandonne Tépopéeet s'essaie à la tragédie, comme en notre dix-huitième siècle tout bon rhétoricien, et il écrit une JKédée, que l'on devait comparer à la plus