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4o OVIDE.
célèbre tragédie du temps, au Thyesle de Varius*, joué lors des jeux publics pour le triomphe d'Antoine, quand Ovide avait quatorze ans. Œuvre de bon helléniste, de brillant écolier, cette tragédie, aujourd'hui perdue, obtint sans doute un vif succès dans les cercles littéraires. Mais comment aborder la scène? Le théâtre est alors encombré par les ballets et les mimes. Le public n'y recherche plus que le plaisir des yeux, le défilé des figurants, la mise en scène, les décors, la danse, la musique. Si Ton dit des vers au théâtre, — et Ton y dit ceux de Virgile comme on dira plus tard ceux d'Ovide, . — c'est avec accompagnement de musique et de danse. Mais composer des tragédies pour ce public, avide avant tout d'exhibitions, est peine perdue. Ovide, après cet essai scolaire, y renonce tout de suite.
Alors il conçoit que pour écrire de la poésie vivante, il ne s'agit pas seulement de connaître la matière poétique, il faut vivre aussi; il va donc vivre, et vivre dans l'enivrement de la société de son temps, en poète, mais en homme du monde.
Société charmante, trop décriée sans doute aujourd'hui. Après les guerres civiles, on y goûtait enfin « la douceur de vivre ». Sans doute, il n'y avait plus de liberté, mais aussi plus de luttes politiques, et en somme moins de haines, plus d'amitié sociale. Ceci valait peutêtre bien cela. On ne souffrait pas beaucoup d'être privé d'une liberté qui avait engendré tant de désordres et
1 . QyiNTiLlEN, De inétituiione oratoria, X, l, 98. Dialogue des orateurs,
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quêtant de crimes avaient [souillée. L'univers soumis reconnaissait la domination de Rome; de tous les coins de la Méditerranée, étrangers et provinciaux affluaient dans la capitale, comblée de trésors. Auguste, selon le mot célèbre, aidé d'Agrippa, rebâtissait en marbre une ville qu'il avait trouvée en briques.
Ovide va chanter cet heureux temps. « Rome, dirat-il, tout en or, possède les immenses richesses de l'univers qu'elle a dompté. » Il nous montrera le Capitole, le Palatin, brûlant et brillant sous le soleil de la paix, les statues, les temples qui s'élèvent de tous côtés : Que l'on vante, s'écriera-t-il, le vieux temps, moi, je me félicite d'être né dans celui-ci. C'est bien l'âge qui convient à mes goûts. Non pas, ajoute-t-il cependant en homme délicat, à cause du débordement de la richesse, de l'or qu'on va chercher dans les entrailles de la terre, de la pourpre que l'on fait venir des lointains rivages, des montagnes de marbre que l'on creuse, des môles qui s'avancent dans les eaux, mais parce que la vieille rusticité de nos aïeux a disparu et parce que nous possédons la culture \
Cidtuô\ oui, la culture... Cette chose exquise et indéfinissable que les Allemands ont essayé de définir et de rendre méthodique, cette culture si différente de la Kultur, voilà ce que louera Ovide avec raison dans les mœurs de son siècle. Q^u'elles aient été excellentes au point de vue moral, ce n'est pas la question, mais d'ailleurs elles n'ont pas été plus mauvaises que celles de la