X INTRODUCTION
comme Philémon et Baucis, deux vieillards songeaient tendrement au passé. Plus loin, au cœur du jardin, un laurier évoquait Daphné — Sur cette terre latine, l'œuvre du vieux poète, partout vivante, recevait un commentaire perpétuel, qui valait bien celui des scoliastes.
Ainsi, dans l'enivrement de reprendre contact avec tout ce que j'avais aimé dès l'enfance, avec tout ce que j'aimerai d'un amour toujours plus tendre et plus conscient et plus passionné d'être plus lucide, je relus ces Métamorphoses qui avaient enchanté mes jeunes années ; aux THétainorphoses succédèrent les Héroïdes, les Amours, les Fastes, les élégies de l'exil. Et quand j'eus terminé cette lecture, je savais encore le latin
Ce recensement de notre passé gréco-latin, que je faisais ce printemps-là pour mon compte, ne convient-il pas que toute la France le fasse également, au moment de repartir sur les routes de l'avenir? N'avons-nous pas besoin, pour nous orienter sur la voie de notre vraie civilisation, de prendre conscience de toutes nos richesses, de nous retourner un instant vers nos origines? D'autres, dans le cadre de la revue' où la plupart des pages de cette étude parurent d'abord, ont
1. Voir dans la Revue hebdomadaire, puis en librairie, les études de M. Auguste Dorcliain sur Corneille (Garnier, édit.), de M. André Bellessort sur Virgile (Perrin, édit.).
INTF^ODUCTION. xi
rajeuni Corneille et Virgile d'une telle manière que je désespère de rivaliser avec eux. |e voudrais plus modestement faire part à mes lecteurs de quelquesunes de mes impressions à la lecture d'Ovide, que j'ai relu à Tâge d'homme, alors qu'on le lit d'ordinaire étant enfant, de façon d'ailleurs bien incomplète, et puis rarement dans le cours de sa vie, et qu'on a tort, je crois, de ne point relire. C'est ce dont je suis maintenant tout à fait convaincu et ce dont j'espère convaincre ceux qui voudront bien me suivre le long de cette étude.
C'est qu'on a été injuste pour Ovide et qu'on l'est encore bien souvent, et je serais heureux si ces quelques pages pouvaient marquer pour lui l'instant d'une réhabilitation souhaitable. Sa réputation semble avoir suivi la courbe même de sa vie. A Rome, poète à la mode, à cinquante ans il est exilé aux plus lointains rivages ; en France, sa gloire traverse intacte le moyen âge et les siècles classiques, et, depuis le dix-neuvième siècle, la critique et l'opinion le rangent tantôt au nombre de ces poètes de second ordre que l'on fait expliquer aux enfants, parce que leur pensée est claire et leur prolixité aisée à comprendre, et tantôt parmi ces poètes trop libres que l'on dérobe à leurs regards. En tout cas, on affecte de ne pas le prendre trop au sérieux. On note avec soin ses procédés de rhétorique, ses froids développements d'école, ses pastiches des poètes grecs, l'indigence de sa pensée personnelle ; on diagnostique chez lui une sensibilité médiocre, on lui accorde de la facilité parfois agréable, on lui reconnaît de l'esprit.