Ars am.j I, l
peut-on pas espérer lui donner une éducation solide et le rendre obéissant à notre volonté ?
Bien entendu, il s'agit ici d'amour légitime, et c'est celui que nous appellerions aujourd'hui illégitime. Les matrones, les honnêtes femmes, nous dit avec empressement Ovide, ne sont pas en cause.
Ainsi prend-il soin de nous prévenir dès son début et de rejeter par avance cette accusation d'immoralité, qui devait peser si lourdement sur sa vie et qui pèse encore sur sa mémoire.
Dans son exil, faisant un retour mélancolique sur son existence, il a combattu longuement ce reproche ^ Sans doute, il avoue bien, « — et il s'en fait gloire d'ailleurs, — qu'il a été « le chantre des amours légères » (tenerorum Liuor anioruin ^), mais ces amours, par cela même qu'elles sont légères, ne sont point condamnables à Rome. Il l'a bien dit à plusieurs reprises dans V Art d'aimer : il n'a célébré que des plaisirs autorisés par la loi, laissant de côté les femmes sérieuses ou supposées telles.
C'est donc un ouvrage pour le demi-monde de son temps et pour les jeunes gens qui veulent y évoluer avant de se ranger sous les lois du mariage ou même après. Mais il ne s'agit point ici de juger Ovide avec notre esprit façonné par dix-neuf siècles de christianisme. La religion ou la morale antique ne condamnent point l'amour pour les hommes hors du mariage aussi