Voir Ainores, I, via et III, vin
femmes des conseils. D'abord, le conseil de profiter de leur jeunesse, celui que les poètes se passent le long des siècles, celui, dont nous entendons encore l'écho dans les vers de Ronsard : « Cueillez, cueillez votre jeunesse... Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie ». Ovide, déjà, pour les effrayer, évoque devant les belles de Rome le temps où elles seront bien vieilles, un soir, à la chandelle.
En attendant, qu'elles usent de leur jeunesse et qu'elles se fassent belles; tout le monde y gagnera. La beauté est un présent des dieux, mais c'est un présent bien rare. Quand on ne l'a point reçu, du moins peut-on y suppléer par la coquetterie. Sans doute, les héroïnes de l'histoire pouvaient un peu se négliger, leurs époux n'étaient que de grossiers soldats, et, pour un Ajax dont l'armure était faite de sept peaux de bœuf, il n'était pas nécessaire de faire des frais.
Mais, « maintenant que Rome resplendissante d'or possède les immenses richesses du monde qu'elle a dompté », maintenant que les monuments somptueux éblouissent la vue, que la pourpre et les marbres y étalent leurs splendeurs, les femmes doivent se mettre à l'unisson de tels spectacles.
D'ailleurs il n'est pas besoin d'un luxe excessif, de perles rares, de robes lamées d'or; l'élégance suffit. Ce n'est pas, nous l'avons vu, un nouveau riche que le poète de V Art d'aimer : chevalier de vieille souche, il a le goût assez délicat pour préférer une coquetterie de bon ton à l'effet tapageur de toilettes trop riches. Son goût descend aux moindres détails. Il donne des
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conseils sur la laçon d'adapter la chevelure à la forme du visage : un visage allongé veut des cheveux partages sur le front par une raie; une figure arrondie exige un nœud léger sur le sommet de la tête et les oreilles à découvert ; une autre pourra laisser ses cheveux flotter sur ses épaules, comme Apollon; une autre devra les relever en chignon, comme Diane chasseresse; celle-ci doit être frisée, celle-là doit porter des cheveux plats et serrés ; l'une doit les onduler, l'autre les orner de peignes d'écaillc.
Ainsi, en lisant les vers de Vj^lrl d'a'uner, nous voyons apparaître à nos yeux les statues antiques, les Tanagras aux coiffures diverses, la Vénus de Milo aux cheveux partagés sur le front, l'Apollon du Belvédère avec le nœud qui relève ses cheveux, l'Apollon Citharède, laissant flotter les siens sur ses épaules, Diane au chignon serré, Déméter, Proserpine ou les impératrices romaines aux cheveux frisés, les vieilles statues de l'Acropole d'Athènes aux cheveux ondulés, les Romaines du temps d'Auguste aux cheveux lisses \ Et, quand nous parcourons les musées d'Italie, voilà que toutes les statues de femmes reprennent pour nous une vie singulière, si nous les entourons des vers d'Ovide comme de leurs commentaires naturels. A travers la Rome quotidienne, si nous voulons en avoir une
1 . Cf. Dautremer, HoniLiies et res quo stuJio ob^tervai'eril et quani .dn-
cere deécripsent Oi^iDius ex ainaloriis ejus carinuutyiLS quœritur, Lille, 1900;
DaremberG et Saglio, Dictionnaire des antiquiléd\ Max CoLLiGNON, Hiô-
oire de la sculpture qrecque; Salomon Reinach, Répertoire De la sculpture
grecque et romaine.
vue exacte et familière, c'est Ovide qui est le meilleur des guides.
Il nous entraîne auprès du temple d'Hercule, chez le coiffeur, qui tient ces perruques faites avec les cheveux que vendaient aux Romains les qretchen de Tépoque, les Germaines et les Sicambres * ; chez le couturier, où l'essentiel est de choisir non pas une robe très riche, mais élégante et surtout adaptée au teint : le noir sied aux blondes, le blanc sied aux brunes; il faut aimer aussi le bleu d'azur, le vert d'eau, semblable au vêtement des nymphes, le jaune safran, semblable au manteau de l'aurore^. Il nous entraîne encore chez le parfumeur, vendeur d'onguents, de pâtes, de poudres, de « cosmétiques ^> de toute sorte, et par « cosmétiques » il faut entendre non pas les bâtons parfumés auxquels nous réservons ce nom, mais tout ce qui sert à parer et farder le visage féminin, à réparer l'irréparable outrage.
A ces « cosmétiques » le poète consacre même un petit poème, sorte de supplément technique de V Art d'aimer » ; une grande partie en est perdue, mais ce qui en subsiste peut donner à nos élégantes des indications peut-être précieuses. A côté de conseils élémentaires, comme de se blanchir à la céruse, se rosir au carmin, faire ses sourcils avec du crayon noir et par le même procédé ombrer délicatement ses yeux, voici des recettes plus compliquées et peut-être plus décisives.