‹ OvideChapitre 47 sur 154 · Ars am., III, 170, sqq · texte numérisé non relu

Ars am., III, 170, sqq

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Voulez-vous faire disparaître les (aclies du visage? Faites griller ensemble des lupins et des fèves, six livres par portion égale, écrasez le tout sur la meule; ajoutez-y de la cérusc, de l'écume de nitre et de l'iris d'Illyrie; mélangez-y de la fiente d'alcyon; faites pétrir le tout et appliquez par dose d'une demi-once.

Voulez-vous avoir un teint plus brillant que votre miroir? Prenez deux livres d'orge mondé, ajoutez-y une égale quantité d'ers, broyez ce mélange, râpez de la corne de cerf, mettez-en un sixième de livre, passez ce produit au tamis, ajoutez-y douze oignons de narcisse, bien piles, deux onces de gomme et d'épeautre de Toscane, neuf fois autant de miel, mélangez bien et appliquez.

Autre recette pour avoir le teint frais : mêlez de l'encens et du nitre par poids égal de quatre onces, ajoutez-y un morceau de gomme d'arbre et un dé de myrrhe, broyez le tout, passez au tamis, délayez cette poudre dans du miel; on peut 3^ ajouter aussi du fenouil, des roses sèches, une infusion d'orge et de sel ammoniac.

Evidemment on ne saurait garantir le succès de ces recettes compliquées, mais on conçoit assez celui de VArt d'aimer et des Cosniétiquei^ auprès des jeunes Romaines, et même et surtout des Romaines un peu mûres, en ce temps où n'existaient point les journaux de modes. Ces poèmes se trouvaient sur la toilette des élégantes de l'Empire, comme sur la table des nôtres s'étalent nos magazines féminins et féministes.

D'ailleurs Ovide recommandait avec soin aux

élégantes de dérober aux yeux de leurs admirateurs toute cette cuisine intime, parfois malodorante. Il ne faut pas introduire les spectateurs au théâtre avant que les décors soient posés.

En même temps il leur recommandait la patience : il en faut pour être belle, il en faut aussi pour être élégante, et la colère est mauvaise conseillère. Il sied de ne pas s'en prendre à sa coiffeuse, quand la chevelure ne va point comme il faut. « N'imitez pas ces femmes, qui lui déchirent le visage de leurs ongles ou qui lui enfoncent des aiguilles dans les bras, tandis que la malheureuse voue aux dieux infernaux la tête de sa maîtresse et laisse couler sur sa chevelure odieuse ses larmes et son sang ^ » Quel éclair au milieu de ce badinage ! Q^uel jour ouvert tout à coup sur cette civilisation, dont le luxe et Télégance dissimulent encore la brutalité primitive et qui, malgré tout son charme, reposait tout de même, ne l'oublions jamais, sur l'esclavage et ses tortures toujours possibles.

Ce n'est qu'un trait : Ovide, élégant, blâme ces furies et passe à d'autres. Il écrit pour toutes, cet arbitre des élégances, pour les belles et pour les laides, et plus encore peut-être pour les laides, qui ont besoin de plus d'artifice, qui doivent apprendre à cacher leurs défauts, à faire valoir leurs avantages. Petites, qu'elles s'assoient; minces, qu'elles s'habillent d'étoffes épaisses et de larges manteaux; maigres, qu'elles corrigent par de petits coussinets le creux de leurs

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