‹ OvideChapitre 52 sur 154 · lléroïdcs, XVIII, 58, sqq · texte numérisé non relu

lléroïdcs, XVIII, 58, sqq

d'Asie et de Sicile, il a mis dans ses poèmes, dans les HéroïJes surtout, et dans les ALélainorphoses y une couleur méditerranéenne plus intense que celle de tout autre poète latin. En cela, comme pour bien d'autres raisons, il a été le poète le plus grec de Rome, le plus maritime. En dépit de M. Bergeret et de son J^lrijlilus nauLlcus, Virgile, malgré la navigation d'Enée, paraît assez froid sur ce chapitre, et Horace ne trouve pour parler de la mer que des termes d'effroi religieux. Mais Ovide, helléniste et voyageur, a transporté dans ses poèmes les dieux de la Méditerranée hellénique et avec eux la Méditerranée.

De la sorte, en cette première période de sa vie qui va de la vingtième aux environs de la quarantième année, il nous apparaît singulièrement attachant et complexe, et plus attachant d'être complexe, ce poète, dont nous avons pu seulement en ces pages trop brèves dessiner quelques traits essentiels... Car ce n'est pas seulement un poète, ce qui serait déjà beaucoup, mais, dans un temps où tous les genres littéraires prennent la forme du poème, c'est aussi ce que serait pour notre temps un romancier, un peu psychologue, un peu libertin, un peu directeur de conscience, une combinaison de Crébillon fils, de Stendhal, de Laclos et de Bourget, de l'Abbé et de Marcel Prévost, mais aussi de Musset et de Chénier, de Voiture et de Banville. Les plaisirs très divers que nous prenons à la lecture d'écrivains français très différents, nous les trouvons fondus en l'œuvre de ce Latin habile, mais au delà nous apercevons encore tout un décor romain et méditerranéen qui nous enchante. A tra,-

LART n'AIMICK SANS AMOUR. 9»

vers cette (eiivre, une Rome nous apparaît, non point la Rome pompeuse des historiens, des philosophes, des dramaturges, mais une Rome de tous les jours, pittoresque, familière, ville élégante, charmante et douce à fréquenter, avec ses beaux portiques couverts de peintures et de mosaïques, ses théâtres, ses cirques, ses thermes où l'eau joue avec les marbres et les feuillages persistants, sous les rayons d'un admirable soleil, ses jardins, ses fontaines, ses festins dans ses belles villas, ses danses, ses concerts, ses lectures publiques, ses conférences, ses réceptions, toute sa vie mondaine ou intime, telle qu'elle ne nous apparaît à travers aucun autre écrivain latin. Alors que les autres l'éloignent plutôt de notre esprit, en lui donnant un aspect trop solennel, Ovide l'en rapproche à chaque instant et l'évoque pour nous au moment le plus exquis de son histoire, où ses traditions nationales et religieuses vivent encore assez pour être pittoresques, pas assez pour opprimer les esprits, où, par derrière Rome, il y a toute la civilisation grecque, qui l'affine de plus en plus, et comme fond le plus lointain de décor toute la Méditerranée, où sourient dans Tazur les héros et les dieux dont ce poète va bientôt chanter les métamorphoses.

Et je ne sais pourquoi je songe, en lisant ces charmants poèmes de la jeunesse d'Ovide, à la Fontaine de Nîmes. C'est dans ce décor que je voudrais les relire, comme les y lisait sans doute, jeune professeur, ce Gaston Boissier qui devait fort bien en parler. Ou plutôt je sais pourquoi : c'est qu'à la Fontaine de Nîmes, par une rencontre inattendue et unique, comme dans

l'œuvre d'Ovide, la grâce d'un xviii'' siècle français se combine aux souvenirs de la Rome antique, comme au sourire d'une nature méridionale et déjà italienne.

Et c'est aussi qu'Ovide, comme cette bouquetière romaine dont on a trouvé à Nîmes et recueilli soigneusement l'enseigne, aurait pu prendre pour devise, en cette première partie de sa vie :

Non i^endo n'iJ-i ainanilbuj' coro/iaj\ . . « Je ne vends qu'aux amants mes couronnes de fleurs. »

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