‹ OvideChapitre 53 sur 154 · LA LÉGENDE DORÉE DE L'ANTIQUITÉ LES MÉTAMORPHOSES · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DORÉE DE L'ANTIQUITÉ LES MÉTAMORPHOSES

Oiniua inulanlur, iiibil ndcrit.

Ovide se marie pour la troisième fois. — Il entreprend d'écrire les jllélamorpboôcd. — Ses prédécesseurs en ce genre. — Son originalité. — Croit-il à la mythologie? — La Légende dorée de la religion antique. — Les J^îéiamorphoded et l'art grécoromain. — Leur plan. — Leur début cosmogonique. — La création du monde et de l'homme. — Le déluge. — Apollon cl Daphné. — Midas. — Phaéton. — Ovide décorateur. — Son esprit. — Son réalisme. — La faim d'Erisichthon. — La statue de P;)'gmalion. - — Echo et Narcisse. — Europe. — Niobé. — Le sens philosophique des Alétaniorphoded . — Leur actualité.

Quand à vingt ans on a rêvé d'écrire une Glgantoninchie, qu'on a réussi à bâtir une tragédie estimée de tous les lettrés, en arriver à mettre en vers les modes ou les recettes par quoi les belles de Rome peuvent réparer Toutrage des ans, c'est sans doute à la longue une souflfrance pour un poète qui, si spirituel soit-il.

malgré toutes les concessions au goût des salons, est resté tout de même un vrai poète. Aux environs de la quarantième année, en ce milieu du chemin de sa vie, où l'homme, effrayé, peut désormais compter les années réservées à son activité virile, Ovide sent le besoin de dresser une grande œuvre qui fera sa gloire.

Du reste, s'il a bien des raisons de faire ses adieux à la poésie légère, une raison parmi toutes est péremptoire : il vient de se marier, pour la troisième fois, il est vrai, mais ses deux premiers mariages n'ont été, nous l'avons vu, que des essais malheureux, passagers et sans importance, bien que le dernier cependant lui ait laissé sans doute une fille, qui ne paraît pas au reste avoir tenu dans sa vie une grande place. Il vient donc de se marier d'une façon, si l'on peut dire, définitive. Mariage heureux, pensait-il, et favorable à son ambition, qui devait lui devenir cependant étrangement funeste, puisqu'il le rapprochait de l'empereur, voisinage glorieux, mais dangereux, nous le verrons.

Pour l'instant, s'il juge de la situation en ambitieux, il a tout lieu d'être satisfait. Issue de la gens Fabia, petite parente de son ami Pompeius Macer et du consul Paulus Fabius Maximus, personnage important de l'Empire, sa femme est de plus très liée avec Attia, la tante maternelle d'Octave. Veuve d'un premier mariage, elle a une fille, qui épousera plus tard le questeur P. Suillius Rufus. Ovide entrait donc dans une famille noblement apparentée, riche et « confortable » à tous les points de vue, et, pour le petit chevalier de Sulmone, qui dès ses débuts se vantait de n'être point un

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nouveau riciic et bornait son ambition k l'honnête aisance des gens de sa classe, ce mariage semblait un joli couronnement de carrière poétique.

Toutefois, il entraînait vis-à-vis de cette carrière elle-même des obligations nouvelles. C'en était fini de chanter les amours légères, les entrevues secrètes, les billets doux, les rendez-vous, les coiffeuses et les servantes, les pommades et les fards. Il fallait maintenant s'appliquer à devenir un poète sérieux et mcme officiel et, si possible, un grand poète.

Etait-ce là pure contrainte? Je ne le pense pas. En somme, Ovide revenait à ses premières ambitions, dont la vie mondaine l'avait détourné. Ne s'était-il pas représenté à ses débuts comme sollicité par la tragédie et l'élégie, et préférant sans doute l'élégie, mais à titre provisoire, et, si la tragédie consentait à ce choix, elle ne lui accordait cependant qu'un délai pour chanter ses amours. En terminant il avait dit à l'élégie un adieu solennel, pour lancer ses chevaux plus vigoureux dans une carrière plus longue à parcourir *.

Cette carrière cependant, ce ne sera point celle de la tragédie. La tragédie est morte à Rome; malgré le succès d'estime obtenu par sa JKédée, Ovide l'a bien compris; il avait tous les dons du poète dramatique, comique et tragique à volonté, et de ces dons il a fait preuve dans toutes ses œuvres : il y a du Térence dans Y Art d'aimer, de l'Euripide dans les Héroïdeé, '\\ y aura dans les Afétainorphosej tous les éléments et tous les

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