‹ OvideChapitre 59 sur 154 · IbuX, VIII, 6i · texte numérisé non relu

IbuX, VIII, 6i

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les belles histoires du paganisme. Les JHétaniorphoses y qu'est-ce autre chose que la Légende dorée de T antiquité, dont Ovide serait le Jacques de Voragine? Moins croyant 'évidemment. Mais, demander à ce poète une opinion bien nette sur la vérité de son sujet, c'est pédantisme d'outre-Rhin.

Et c'est pédantisme aussi que de ne pas concevoir qu'il ne puisse introduire sans inconvenance quelques sourires au milieu de ces histoires divines. A cause de ces sourires, on a prétendu parfois que son poème était à base d'ironie, qu'il avait voulu, comme Lucien, ce Voltaire de l'antiquité, s'amuser aux dépens des dieux. Non, il ne s'agit point ici de Dialogues des morts ^ où les morts joyeux rient ou ricanent de tout avec un rictus parfois sinistre, d'une Guerre des dieux où Parny mêle dans un obscène mélange l'Olympe antique au Paradis chrétien, d'une Belle Hélène sautillante et croustillante. Si Ovide sourit de Mars et de Vénus pris aux filets de Vulcain, Homère en avait souri avant lui.

Non, Ovide ne tourne pas en dérision les dieux ; il n'essaie pas non plus de les expliquer et de chercher l'origine des métamorphoses, la signification des rites ou des mystères. Si dans les Fastes il manifeste quelque curiosité de ce genre, vite satisfaite au reste et qui se contente de l'explication la plus gracieuse, ici il ne cherche pas à comprendre le sens de ces histoires étranges. Ce n'est pas lui qui y verrait la lutte de deux religions, l'établissement des dieux olympiens dans une Grèce très primitive où l'on adore encore la plante et l'animal; ce n'est pas lui qui verrait dans l'histoire

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d'Europe ou de Pasipha6 le culte primitii du taureau Cretois à l'époque préhellénique ^ ; ce n'est pas lui qui serait en état de suivre les polémiques des historiens de la religion et de l'ethnologie, les (juerelles des Lang, des Frazer, des Reinach, des Durkheim, des Foucart, les théories subtiles sur les mythes solaires, les rites agraires, les tabous et le totémisme, les dissertations sur les mystères d'Eleusis et le culte de Déméter \

Qu'on ne vienne point lui dire avec nos érudits modernes qu'Athéna fut d'abord peut-être une chouette, Apollon un lézard, Orphée un renard, totem d'une tribu thrace'\ Ce' n'est certes point un historien de la religion que cet Ovide.

Au reste, peu de ses contemporains, même parmi les prosateurs, ont eu des préoccupations plus scientifiques : ces Latins ont accepté, sans essayer de la comprendre, la mythologie grecque, et Ovide, quant à lui, n'y voit qu'un répertoire de belles histoires, mises en œuvre par les poètes et plus encore par les artistes.

Oui, par les artistes, et c'est là ce qu'on n'a pas assez remarqué peut-être. Cette mythologie ne vit pas seulement dans la poésie, mais autour d'Ovide, sous toutes les formes, elle apparaît partout, à Sulmone ou à Rome, dans les villas ou les temples, au long des portiques ou sur la scène des théâtres.

1. Voir DusSAUD, Les CliùlLéationJ' préhctléniqueSy Paris, 1914*

2. Voir le substantiel ouvrage, où la question d'Eleusis est mise au point d'après les travaux les plus récents, par M. Maurice Brillant, Les JHyAterts d'Kleuôls, Paris, Kenalô^ance du Lii're, 1920.

3. Voir Salomon Reinach, Mythes et Religions, II, p. 85- 121.

iio OVIDE.

Statuaires, orfèvres, céramistes, mosaïstes, peintres de tableaux ou de fresques, sculpteurs de hauts ou de bas-reliefs, dans les villes d'Asie, d'Egypte, de Sicile, de Grèce, d'Italie, tous ont puisé à pleines mains dans le trésor mythologique pour en faire le décor de la vie, et dans ce décor abondent les histoires de métamorphoses. Les peintures de Pompéi, celles du Palatin, les statues, les mosaïques partout retrouvées en font foi ; c'est Niobé changée en pierre ; c'est Jupiter et ses mille transformations, l'histoire de Léda, celle d'Io, celle d'Europe; c'est Daphné, muée en laurier, Actéon changé en cerf; c'est l'histoire de Phaéton ou celle de Narcisse. Les témoignages en sont innombrables, de la Léda de Florence à la Casa dl Gaiiiinedo à Pompéi; ce ne sont partout que jugements de Paris, amours de Vénus avec Adonis ou Mars, naissances d'Aphrodite, Amours citharistes ou fleuristes, dieux terrestres ou marins, travaux d'Hercule, cortèges de Bacchus, enlèvements de Proserpine, bref toutes les histoires que nous allons retrouver en lisant les Alétainorphoses, si bien que ce livre d'Ovide, si on voulait l'illustrer, on n'aurait qu'à reproduire en face de chaque histoire les bas-reliefs, les fresques, les mosaïques ou les statues antiques qui s'y rapportent.

C'est là une idée, qui pourrait tenter quelque éditeur de ces livres de luxe qui fleurissent si volontiers aujourd'hui. De la sorte Ovide serait commenté parles artistes de l'antiquité, dont il a été lui-même le commentateur.

Encore est-il que notre récolte serait peu de chose

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