‹ OvideChapitre 61 sur 154 · JIIélamorpboôe,s, VIII, i · texte numérisé non relu

JIIélamorpboôe,s, VIII, i

LES MKTAMOklMIOSKS. 1,0

Ovide V a songe, et, iaiulis qu'il y songeait, plusieurs méthodes sans doute se sont présentées à son esprit. Allait-il créer, autour de chaque divinité, un cycle de transformations? Cycle de Jupiter, d'Apollon, de Vénus? Allait-il transporter son lecteur de pays en pays, lui présenter les légendes de Thèbes, de Troie, de l'Arcadic, de l'Attiquc, de la Sicile?... Procédés bien artificiels et qui risquaient d'être vite monotones. Allait-il grouper les métamorphoses selon leur résultat, si l'on peut dire, et nous présenter les pierres, les animaux, les arbres, les fleurs, qui en furent l'aboutissement ? Cela sentait quelque peu la classification scientifique, la collection minéralogique, zoologique ou botanique.

Allait-il enfin adopter l'ordre chronologique et disposer ses histoires à la suite les unes des autres, enchaînées par le seul fil du temps qui se dévide?

C'était l'ordre le plus simple, le plus souple en même temps, celui qui permettait le plus de variété dans l'exposition et dans l'effet. Il s'y rallia. Ainsi le voyons-nous commencer son œuvre par la description du chaos, d'où le monde est sorti, continuer par l'histoire des quatre âges, celle du déluge, les légendes mythologiques, l'histoire de la guerre de Troie, et terminer par l'apothéose de César. Mais, entre ces dates extrêmes, la chronologie est somme toute bien flottante ; cette mythologie est un espace assez vague, où les dates sont difficiles à préciser.

Ovide est loin de s'en plaindre; en cette incertitude même son esprit souple va se mouvoir à l'aise. Il lui

suffit que la chronologie offre à ses lecteurs quelques points de repère où leur pensée se reposera avec le sentiment d'un certain ordre nécessaire à la satisfaction de l'esprit ; pour le reste il sera libre de mélanger ses histoires de la meilleure façon, en dosant habilement ses décors, ses personnages, ses transformations et les divers genres de poésie.

Ainsi, sauvé de la monotonie, que ne paraissent pas avoir évitée, en leur netteté un peu sèche, ses modèles alexandrins, plus souple, s'il évolue à l'aise en son sujet, il conserve cependant un certain arrangement, qui plaît à des esprits latins et concilie de la sorte, par une combinaison toute italienne déjà, la méthode et la fantaisie.

Pour évoluer aussi librement dans un sujet aussi complexe, il est servi par son étonnante mémoire ; il ne raconte pas moins de deux cent cinquante métamorphoses, dont quelques-unes sont enchevêtrées entre elles. Il ne s'y embrouille que bien rarement. Sans doute on a noté outre-Rhin, avec soin, quelques légères discordances. Mais encore convient-il de remarquer qu'Ovide n'a jamais déclaré avoir achevé les JKétainorphoses ) s'il les entreprend à Rome en pleine joie du cœur et de l'esprit, s'il les y rédige en grande partie, cependant il est sur le point, peut-être à l'imitation de Virgile condamnant X Enéide y d'en brûler le manuscrit'.

Un tel poème, il convient aussi de le noter, est le plus long poème de l'antiquité latine, il comporte quinze

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