‹ OvideChapitre 62 sur 154 · T rides, 1, Vli, i · texte numérisé non relu

T rides, 1, Vli, i

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livres, qui comptent à peu près neuf cents vers, ce qui nous donne un total de près de quatorze mille vers, et je sais bien qu'on ne mesure pas les vers au poids et que déplus longs poèmes ont été parfaitement insipides, mais encore est-il que si ce poème est long, au sens matériel du mot, il ne l'est pas au sens intellectuel, puisque tout s'y transforme de page en page et qu'en réalité, plutôt qu'une épopée ou qu'un poème, c'est ici une juxtaposition de poèmes.

Comment, devant un tel livre, ne pas songer à celui qui fait le grand honneur poétique de notre xix^ siècle, à la Légende Jes /leclcsl C'est le même procédé de composition chronologique très libre, appliqué d'une part à la légende religieuse, de l'autre à la légende historique, si l'on peut dire. Et, si Ovide se croit obligé de ménager entre ses récits quelques transitions, et s'y emploie, pour satisfaire les rhéteurs et les amateurs de bon ordre, avec une ingéniosité digne d'un meilleur dessein, il est probable que, plus libre avec l'opinion de son temps, il aurait nettement juxtaposé ses histoires, sans les rattacher entre elles, et nous aurait donné ces fragments du grand livre antique, sans les relier par les liens fragiles d'artifices trop visibles. Qu'il ait méprisé ces transitions, comme on le lui reproche parfois, le dégoût même avec lequel il semble les ménager le prouve suffisamment. Il n'a pas osé s'affranchir du préjugé, mais nul n'a eu cette audace à son époque et même longtemps après. Sied-il de lui en faire un grief? Non, ces liens artificiels n'ont pas à nos yeux plus d'importance que ceux par lesquels sont reliés les récits merveilleux des JUilie eL

ii6 OVIDE.

une nuitô\ Schéhérazade de l'Empire romain, Ovide, de nuit en nuit, de jour en jour, entraîne toujours plus loin notre curiosité, et nous le suivons sans effort à travers les salles de T édifice somptueux que son génie a construit.

Il faudrait de longues heures pour les parcourir, et je ne puis songer ici à faire faire à mes lecteurs le tour complet de ces galeries, où se pressent deux cent cinquante tableaux de métamorphoses, traités, d'un pinceau toujours souple et parfois puissant, par ce peintre ingénieux, que servent une admirable mémoire, une miraculeuse facilité. Toutes ces scènes au reste ne sont point sur le même plan ; en ce palais enchanté, où, durant quinze livres et quelque quatorze mille vers, je Tai dit, nous aurions à nous promener, si nous voulions tout voir, certaines scènes n'occupent que d'étroits espaces, des dessus de portes ou des entre-colonnes, d'autres courent le long des plinthes ou des frises, avec des dimensions réduites, d'autres sont vues en perspectives fuyantes, d'autres sont des tableaux en des tableaux, certaines seulement occupent des positions tout à fait centrales.

Arrêtons-nous dans quelques statize de ce Vatican du paganism^e.

Comment ne pas évoquer dès la première salle le plafond de la Slxtliie, Dieu le Père séparant les éléments de ses bras puissants et tirant le monde du chaos

LES MKTAMORPHOSKS. ,,7

piimltil, un Dieu le Père ici bien incertain, mais animateur tout de même de la nature, créateur de la lumière, organisateur du monde, tel que nous le connaissons?

C'est lui qui se trouve tout d'abord en (ace du chaos primitif:

Avant la mer, le sol, le ciel qui couvre tout, L'orbe du monde entier n'était qu'un seul visage. Qu'on nomma chaos, masse inorganique et rude ; Rien n'existait sinon un poids, un ramassis De semences, que n'assemblait nulle harmonie; Nul soleil ne donnait au monde sa lumière. Nulle Phœbé ne réparait son croissant grêle ; La terre n'était point dans les airs suspendue En équilibre sur son poids, et les longs bras D'Amphitrite ne ceignaient point encor de rives ; Où plus tard fut la terre étaient la mer et l'air; Ainsi la terre était instable et l'air obscur, La mer impraticable, et rien n'avait de formel

Voilà qui commence comme un poème philosophique, et des plus remarquables.

Ce chaos, c'est un dieu, on ne sait lequel d'ailleurs, qui l'a débrouillé, séparant la terre du ciel, l'eau de la terre, fixant aux éléments des limites précises, arrondissant le globe du monde, créant les plantes, les animaux terrestres, les poissons, les oiseaux.

A ce monde ainsi organisé manquait un être intelligent, mais nous voilà devant le deuxième compartiment de cette première fresque, où, tel que Michel-Ange nous montrant Dieu qui crée Adam, Ovide évoque, moins

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