I.KS MIOTAMOKPHOSES. x-jy
les portes d'argent, ciselées par Vulcain, qui y a sculpté l'océan, la terre, la voûte des cieux, la mer et ses dieux, les Néréides, assises sur des poissons ou sur des rochers, faisant sécher au soleil leurs cheveux d'azur. Voici, dans son palais, aussi orné que le Palatin de Rome, le dieu Soleil couvert d'un manteau de pourpre, entouré des Jours, des Mois, des Années, des Siècles, des Heures et des Saisons. On dirait le ballet de la plus somptueuse des revues. Sur la tête de Phœbus brille une couronne de rayons, mais, quand Phaéton approche, Phœbus, pour ne pas l'aveugler, la dépose : c'est une sorte d'auréole démontable. On le voit : il ne s'agit pas du Soleil lui-même, mais d'une figuration du Soleil tel qu'il apparaissait sur les mosaïques ou sur la scène des théâtres dans les féeries de l'époque. Sitôt qu'on lit un tel épisode de ce point de vue, il n'a plus rien de choquant, et l'esprit lui-même en devient très tolérable, soit qu'Ovide nous décrive Phaéton menacé par les cornes du Taureau, la gueule du Lion, les pinces du Scorpion qui figurent au Zodiaque, soit qu'il nous indique que c'est depuis cet incendie du monde que les Ethiopiens sont noirs, que le Tage roule de l'or fondu, que le Nil a caché sa source — A de tels traits, nos érudits ont coutume de s'indigner en disant : « Cet Ovide, vraiment, n'est pas sérieux ! » Mais il serait bien plus fâcheux qu'il le fût tout à fait, quand il nous raconte l'histoire de Phaéton, en nous donnant l'impression d'un habile décorateur qui, parfois, sait sourire quand il le faut ; c'est une attitude bien plus distinguée que de rester le poète appliqué et terriblement con-
sciencieux que tout homme peut devenir, s'il a quelque facilité de versification.
Un tel esprit n'empêche point que, par ailleurs, Ovide ne puisse pas rendre avec vigueur la réalité, quand il le faut. Voici, dans l'histoire d'Érisichthon, un portrait de la Faim :
La faim lui apparaît dans un champ plein de pierres, Des ongles et des dents arrachant l'herbe rare; Les cheveux hérissés, les yeux creux, le teint pâle, Le gosier âpre et desséché, les lèvres blanches, La peau rude et laissant deviner les entrailles ; Les os pointent à sec sur ses reins incurvés ; Pour ventre elle n'a plus que la place du ventre; Son torse n'offre plus que le dessin des côtes ; La maigreur fait saillir ses genoux et ses coudes Et ses talons ne sont que deux proéminences*.
Telle, cette Faim va trouver Erisichthon et lui communique la maladie qui la ronge, et voici ce Gargantua, digne d'un Rabelais :
Au milieu du sommeil il désire des mets.
Il meut en vain sa bouche et ses dents sur ses dents;
Mais son gosier déçu n'absorbe que le vide,
Car c'est l'air qu'il dévore en vain pour son repas.
Il s'éveille, une faim furieuse le ronge.
Et règne immensément sur ses vastes entrailles.
Tout ce que porte l'air, et la terre et la mer,
Il le veut, il se plaint a table de jeûner.
Et parmi les festins il demande un festin.
Ce qui pourrait nourrir des villes, tout un peuple,