‹ OvideChapitre 68 sur 154 · Métani., VIII · texte numérisé non relu

Métani., VIII

i3o OVIDE.

Et seule la pudeur semble arrêter sa marche ;

Tant l'art a l'art de se cacher! Pygmalion

L'admire et brûle pour le corps qu'il a créé.

Il le touche pour voir si c'est ivoire ou chair,

Et ne croit déjà plus que ce soit de l'ivoire.

Il donne des baisers et croit en recevoir.

Il lui parle, il la tient, il la palpe des doigts.

Légèrement, craignant de la ternir peut-être;

Il la caresse, il lui apporte des présents,

Des coquilles, des cailloux ronds, des oiselets.

Des fleurs de toutes les couleurs, des lis, des balles,

De l'ambre, pour ses doigts des bagues, des colliers

Pour son cou, des pendants d'oreilles, des sautoirs.

Tout lui sied, mais sans rien elle n'est pas moins belle.

Il la couche sur des tapis épais de pourpre,

L'appelle sa compagne et repose sa tête

Sur un mol oreiller qu'il croit qu'elle apprécie*

Après une prière fervente à Vénus, dont on célèbre alors la fête à Chypre, Pygmalion rentre chez lui, il retrouve sa statue :

Se couchant sur son lit il lui donne un baiser.

Elle paraît avoir la chaleur de la vie.

Il l'embrasse à nouveau, touche encor sa poitrine;

L'ivoire qu'il toucha s'amollit sous ses doigts;

Ainsi la cire fond aux ra^'ons du soleil.

Et, souple, se modèle au pouce de l'artiste ;

Stupéfait et jojeux, il craint d'être abusé ;

Il tSitG encor l'objet de ces vœux : c'est un corps.

Sous son pouce étonné il sent saillir des veines ;

Il rend grâce à Vénus en phrases éperdues;

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