‹ OvideChapitre 72 sur 154 · Métam., II, 872. Cf. Fades, V · texte numérisé non relu

Métam., II, 872. Cf. Fades, V

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Elle pleure pourtant, et, tandis qu'elle pleure,

Un lourblllon de vent l'emporte en sa patrie ;

Et là, fixée en haut d'un mont, elle ruisselle,

Et le marbre qu'elle est laisse couler des larmes

Mais, peintre ingénieux, Ovide sait aussi, quand il le faut, devenir un poète philosophe — Sa création du monde l'attestait déjà, mais plus encore les discours qu'il prête à Pythagore; il y a là, inspiré évidemment du philosophe de Samos, mais traduit d'une façon remarquable, le grand sentiment de l'écoulement incessant des formes et de la pérennité du monde sous ses changements incessants. « La matière demeure et la forme se perd », devait dire après lui et d'après lui Ronsard. Cette conception du transformisme universel, nul, dans l'antiquité latine, pas même Lucrèce, ne l'a exprimée d'une façon aussi nette et aussi intense. La fuite des heures, des flots, des âges de la vie, des civilisations successives, la transformation des éléments les uns dans les autres, les variations des terres et des mers, les métamorphoses étonnantes des insectes, cette perpétuelle mutation de tout ce que nous voyons autour de nous, tout cela a été exprimé par Ovide dans un langage à la fois scientifique et poétique qui lui fait le plus grand honneur. Plus que l'apothéose de César, que la flatterie officielle oblige Ovide à placer au terme de son poème, ce beau morceau est la conclusion logique du livre des JHétaniorphoseô, Il relie les vieilles fables aux

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conceptions les plus hardies de la science moderne ; il fait de cet Ovide, habile et parfois spirituel décorateur jusqu'alors, une sorte de prophète inspiré, tel que le moyen âge devait Thonorer en même temps que Virgile. Est-il donc si léger vraiment qu'on nous Fa dit, ce poète léger, qui a fait le charme des galants érudits du xviii*^ siècle? Non, nous le verrons; nos siècles classiques l'ont rapetissé à la mesure de leurs salons et de leurs alcôves, mais, héritier de la tradition hellénique, Ovide nous transmet en son poème le sentiment profond du mystère du monde et de la transformation indéfinie des êtres. On conçoit qu'un Sénèque Tait aimé et cité souvent, qu'un Lucilius, ami de Sénèque, l'ait appelé son Ovide, que les théologiens, eux-mêmes, du christianisme, aient cherché en son œuvre des symboles. Nos modernes théosophes et nos spirites pourraient en faire aussi leur profit. A la lueur de leurs expériences, la conception scientifique de la matière se transforme devant nos esprits étonnés : nous la voyons, statue de Pygmalion, s'animer à nos yeux, et plus que jamais se dressent à notre esprit, comme des vérités vivantes, la formule de Virgile : « Mens agitât molem », celle d'Ovide : « Omnia mutantur, nihil interit »,

Tout change, rien ne meurt, l'âme toujours errante Passe de corps en corps, des animaux à l'homme, De l'homme aux animaux, mais ne périt jamais. Comme la cire molle accepte mille empreintes Et garde sa substance en rejetant sa forïne. L'âme, toujours la même, a diverses figures ^

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