Mélam., XV. i
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Evidemment, Ovide n'invente rien quand il nous transmet ainsi la doctrine de Pythagore, mais il y adhère, on le sent, civec joie, et c'est de sa part un signe d'intelligence poétique bien suj^érieur au consentement que Lucrèce donne au matérialisme épicurien. Ainsi, par une subtile compréhension des temps à venir, sans être infidèle au passé, il vivifie la vieille mythologie Lui aussi, comme THypatie de Leconte de
Lisle,
Fidèle au songe heureux où vécut sa jeunesse, Il entend tressaillir la poussière des morts.
Mais dans cette poussière il sait recueillir des parcelles précieuses de vérité philosophique dont s'illumine encore notre ombre.
Après avoir dressé un tel monument poétique, on conçoit son orgueil de bon ouvrier arrivé au terme de sa tâche ; avec une juste fierté il pouvait s'écrier :
Voici mon œuvre : ni Jupiter en courroux,
Ni le feu, ni le fer, ni l'âge n'3^ mordront;
Quand il viendra, ce jour, qui prendra mon corps seul,
Qu'il termine l'espace incertain de ma vie ;
Ce que j'ai de meilleur survivra; par les astres
Il volera, mon nom, que rien n'eô'acera;
Partout où Rome étend son pouvoir sur le monde.
Je serai lu, et, glorieux, de siècle en siècle,
Si, poète, on prédit l'avenir, je vivrai*
1. jffélam., XV, 871. Voicî, pour ceux qui sont partisans de la tra-
i38 OVIDE.
Fière déclaration, plus large encore que V Exegl monumentum d'Horace; ses contemporains et la postérité devaient la ratifier. A ses contemporains, voici que le poète habile et galant de Vyirl d'Aimer apparaissait maintenant comme T enchanteur qui avait recueilli de la Grèce toutes les surprenantes histoires pour les présenter en une galerie perpétuellement variée. Psychologue et badin naguère, ce Crébillon et ce Stendhal devenait un Alexandre Dumas, un Wells, un Jules Verne, cultivant, après le roman de mœurs et le roman psychologique, le roman d'aventures. En ce vaste répertoire de poésie, les siècles puiseront, je l'indiquerai plus loin, et rien ne manquera à sa gloire, pas même le mépris d'un philosophe allemand, puisque Kant dira : « Les THétamorphosed d'Ovide sont des sottises. »
Sottises, non. Car, sous leur aspect parfois trop ingénieux ou puéril, frémit tout de même l'immense spiritualisme d'une religion qu'on a trop souvent accusée à tort de matérialisme, mais qui a, au contraire, spiritua-.
duction en vers rimes, le même texte, établi de la sorte, un peu moins exact, à cause précisément de la nécessité de rimer :
Mon œuvre est là; ni le courroux de Jupiter,
Ni le feu ne pourra l'abolir, ni le fer;
Quand il viendra, ce jour, qui n'aura d'importance
Que pour mon corps, il peut trancber mon existence.
Ce que j'ai de meilleur en moi me survivra,
Et, glorieux, parmi les astres volera.
Partout où le pouvoir romain régit la terre
Je serai lu, et, s'il est vrai que le mystère
Cède aux yeux du poète et que lui seul dit vrai.
Je peux dire qu'au long des siècles je vivrai.