‹ OvideChapitre 8 sur 154 · Tristes, IV, x · texte numérisé non relu

Tristes, IV, x

être évidemment complaisant, ce récit biographique ne paraît point invraisemblable. En fait les historiens et les critiques, fussent-ils d'outre-Rhin, n'y ont rien trouvé qui discordât avec ce que nous savons par ailleurs de l'époque, des contemporains ou des œuvres du poète.

Ovide est né à Sulmone le 20 mars de l'année 43 avant Jésus-Christ : Ovide est né le premier jour du printemps. Cette année-là, on se bat terriblement en Italie ; devant Modène, Antoine a défait et tué les deux consuls Hirtius et Pansa, qui menaient contre lui les troupes républicaines, mais le petit Ovide, qui naît alors dans cette petite ville, se soucie fort peu de tels événements. Quand il arrive à la vie de l'esprit, les guerres civiles s'apaisent déjà; ^il a quinze ans, lorsque, vainqueur devant Actiumr Octave fonde définitivement la paix romaine. Comme il était entré dans le monde avec le sourire du printemps, il entrera dans la vie avec celui de la paix. Il n'aura point vu, comme Virgile,Mes guerres civiles, les listes de proscriptions, les champs arrachés à leurs propriétaires, les brutalités de la soldatesque; il est de cette génération heureusef dont l'épanouissement fleurira dans l'atmosphère détendue qui suit les grandes convulsions, comme l'air rafraîchi par une pluie d'orage.

Toutes les influences bienfaisantes semblent, dès ses premiers jours, se pencher sur son berceau; avec les premières faveurs du printemps, il a reçu celles de Minerve. Boileau, parodiant Chapelain, s'écriait :

« Maudit soit l'auteur dur dont l'âpre et rude verve, Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve. »

Ovide ne devait point rimer, — on ne rimait point à Rome, — mais il devait être poète, non pas malgré Minerve, bien plutôt grâce à Minerve. Car ce 20 mars, où il naît à la lumière de T Italie, c'est le deuxième jour des fêtes de Minerve, qu'il devait célébrer dans les Fastes, Pour lui exprimer sa reconnaissance, il l'invoquera tantôt sous le nom latin de Minerve, tantôt sous le nom grec de Pallas, mais, sous l'un ou sous l'autre nom, il saluera en elle la déesse de la raison qui préside aux métiers et aux arts et il s'écriera dans un joli mouvement lyrique, dont j'essaie de reproduire ici quelques accents :

Honorez maintenant Pallas, garçons et filles*... Qui saura l'apaiser sera savant.

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