Fastesy III
J'ai adopté ici un système de traduction qui m'est, je crois, personnel. La traduction en prose, en ne donnant d'un poète que des membres épars, — tnembradLjjecta, — en supprimant le rythme, trahit le modèle par principe. La traduction en vers réguliers et rimes, si distinguée qu'elle soit, substitue à l'ordre des pensées latines, qui sont liées par le sens et la quantité des syllabes, un ordre de pensées liées entre elles par la rime, principe tout difterent. Malgré cette difficulté, M. André Bellessort par fragments et depuis M. Ernest Raynaud et M. Gaston Armelin ont donné, des BucoLques ou de VEnéide, des traductions pleines d'intérêt (voir A. Bellessort, /^//-^t/^^ Perrin ; Ernest Raynaud, Z/^j- jS/zr^/Z^/z^j-, Garnier; Gaston Armelin, Les BucoUques, Flammarion, trois tentatives simultanées pour rajeunir la traduction en vers). En dépit de l'habileté de ces auteurs, qui ont fait de leur traduction en vers cette seconde création dont parlait La Harpe, le principe sur lequel repose leur tentative me paraît faux, et, pour mon compte, j'ai adopté ici le système, encore peu usité et qui le sera, je crois, de plus en plus, de la traduction en vers blancs, qui évite tout artifice, puisque la liaison des idées n'y dépend, pas plus qu'en latin, de la rime. Seule la conservation du rythme importe s'il s'agit
Filles, vous tisserez plus aisément La l.iine,
Vous viderez aisément la quenouille...
Médecins, vous dont l'art guérit les maladies,
Apportez-lui quelque part de vos gains; Vous a qui l'on lait tort souvent de vos salaires,
Maîtres d'école, honorez la déesse; Honore-la, graveur, et toi qui peins les toiles,
Et toi dont l'art sait assouplir le marbre; Elle aime tous les arts, mais surtout les poèmes;
Qu'elle m'assiste aussi, si j'en suis digne !
Ce souhait qu'il a noté à Tâge mûr, mais qu'il a formulé dès son enfance, la déesse Ta de bonne heure exaucé. Poète par sa technique irréprochable plus encore que par son inspiration, Ovide a aimé son métier. Il s'y est appliqué avec un dévouement absolu, et, de tous les dieux sous la protection desquels on plaçait dans l'antiquité les qualités humaines, c'est certai nement Pallas ou Minerve, déesse de la conscience et
de vers latins, et c'est le résultat obtenu par ce sj'stème. Le vers blanc manque évidemment, pour marquer sa fin, de ce signal qu'est la rime en français et le retour des mêmes combinaisons de pieds en latin, mais cette imperfection est un moindre mal, somme toute, que l'effort infructueux et faux auquel oblige trop souvent la rime.
Quant à la correspondance entre rythmes latins et rythmes français, le rythme de l'hexamètre (six mesures de deux syllabes longues) est donné à peu près par le vers de douze syllabes, et le rythme du pentamètre (cinq mesures de deux syllabes longues) parle vers de dix syllabes. Le distique (alternance de l'hexamètre et du pentamètre) est rendu normalement par une alternance semblable de vers de douze et de dix syllabes, alternance généralement inusitée en poésie française, mais qui par là même rend un son latin plus original encore.
On a fait d'ailleurs un grand nombre de traductions d'Ovide en vers réguliers ; j'aurai l'occasion d'en signaler quelques-unes.
de la patience, déesse de la raison, du goût artistique et de l'activité pratique, qu'il pourra invoquer avec le plus de vérité.
Il en aura le loisir, car il naît dans une famille aisée. Il se vante de n'être point un nouveau riche, — le mot est de lui, recens dii^es^, car rien n'est nouveau sous le soleil, pas même les nouveaux riches, — de n'être point issu d'une de ces familles de chevaliers, que la fortune ou la guerre ont élevées subitement à leur condition, mais de descendre d'une longue suite d'aïeux qui appartenaient tous à l'ordre équestre'.
Cet ordre équestre représentait ,à Rome ce qu'était chez nous, avant la guerre, la bourgeoisie ou la petite noblesse, classe aisée, sans luxe excessif, qui, de tout temps, a vu s'élever parmi ses enfants les intelligences, dont est fait l'honneur d'un pays; famille modeste, dit Ovide, mais sans tache, modeste mais ancienne et dont la noblesse ne le cédait à: nulle autre, qui ne se faisait remarquer ni par sa richesse ni par sa pauvreté.
Bourgeoisie honnête et digne, confortable, élégante même, mais sans étalage de vanité, terrain favorable où se développent tout naturellement les qualités et les vocations de l'esprit, familles assez aisées et assez lettrées pour honorer et pratiquer les vertus intellectuelles, point assez riches pour étouffer ce goût des études sous le désir du luxe et des jouissances ostenta-