‹ OvideChapitre 83 sur 154 · Faites, III · texte numérisé non relu

Faites, III

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deux, ce poète que l'on dit léger! Il a pris soin de consulter les livres sacres, ou, peut-être seulement, ce qui est dcjci bien joli, leur commentateur Varron, de s'informer de toutes les cérémonies ou d'y assister lui-même, d'enquêter sur les détails de to^s les cultes, sur leurs origines ; il sait les diverses versions qu'on en donne, il discute les étymologies, il en propose parfois plusieurs, sans oser choisir. Ne lui demandons point en effet une science critique, que, du reste, prosateurs ou poètes, aucun de ses contemporains ne possède; ne lui demandons point de ne pas croire à cette année de dix mois, évidemment inadmissible, à la réforme de Numa, peu compréhensible même aujourd'hui ; il nous dit tout uniment ce que pensaient à Rome de son temps les érudits. En ce culte romain, si complexe, ne lui demandons pas de distinguer le fonds étrusque, le fonds sabin, ce qui est proprement italique, ce qui vient de Grèce ou d'Asie ; tout cela se mélange sous sa plume comme dans l'esprit des Romains de son temps. Parfois il essaie d'argumenter, de distinguer, de séparer le vieux culte latin des apports étrangers, mais il n'y arrive point aisément et, la plupart du temps, il se borne, spectateur amusé, mais jamais frivole et toujours consciencieux, à décrire ce qu'il a vu... Cependant on sait qu'avant tout et malgré tout il a l'amour du travail bien fait ; docile protégé de Minerve, il n'aime point l'a peu près ; sa poésie est abondante, mais elle n'est point aussi mollement facile qu'on le dit d'ordinaire. Effrayé lui-même, semble-t-il, de la merveilleuse facilité qui l'a servi dès son enfance, il affronte des sujets de plus en plus ardus pour avoir le

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plaisir peut-être de cette lutte intellectuelle avec l'obstacle qui fait pour le poète et pour son public une partie de la valeur que revêt Tceuvre poétique.

Il s'y complaît maintenant, à mesure qu'en vrai poète il s'adonne, oubliant son passé, à sa tâche nouvelle. Sans doute la mythologie grecque lui reste encore chère, il en rappelle ça et là des épisodes, mais avec une sorte de repentir il revient vite aux choses romaines. A peine a-t-il conté, par exemple, l'histoire de Faune, et sa déconvenue devant Hercule qu'il a pris dans la nuit pour Omphale, que, se reprochant cette histoire un peu légère, il s'écrie :

A l'explication qui vient de l'étranger

Ajoutons, muse, une cause latine, Et que notre coursier foule notre poussière*. . .

Notre poussière... la poussière vénérable des pierres de Rome, celle du Champ de Mars, celle des Arènes, qui font aux soirs de fête un halo lumineux autour de la ville éternelle, voilà ce qu'on soulève aussi, à chaque pas, à mesure qu'on avance dans le livre des Fastes,

Tel, infatigable, il orne la religion et l'histoire de Rome. Comme Properce et Virgile, archéologue amusé, il se plaît devant la Rome impériale à évoquer les temps primitifs, les bœufs paissant sur son emplacement, la forêt verdoyante, que nul fer n'avait émondée ^ Evandre abordant sur le rivage du Latium^, l'antre de Cacus,

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