Cum pare quisque sua. Fadles, III
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pellent les buveurs ; parfois on voit une bonne vieille un peu ivre qui traîne après elle, en chancelant, un bon vieux qui a bu, lui aussi, plus que de raison. . . Je l'avoue : ce soir de fête populaire, cette petite Romaine qui danse les cheveux épars, ces promeneurs du Bois de Boulogne romain qui rentrent, lassés et joyeux, ces chansons, ces rires, ces deux bons vieux un peu éméchés qui s'en retournent chez eux cahin-caha, me touchent plus que bien des vers pompeux, par lesquels d'ordinaire la littérature romaine nous est représentée. Ce petit tableau, populaire et champêtre, annonce la manière de quelque peintre flamand ou d'un François Coppée, poète de nos banlieues. Virgile n'a point dans les Géorcjlques d'aussi franches descriptions de l'existence populaire; habile et riche décorateur de fresques mythologiques, cet Ovide est, quand il le veut, un peintre de genre spirituel, sobre, exact et charmant.
Ce mois de mars voit aussi la fête de Bacchus, qui ne comporte pas moins de réjouissances et pas moins d'ivrognes, d'autant qu'on y célèbre aussi le jour où les adolescents prennent la toge libre, émancipés par ce Bacchus que l'on appelle Liber, ce qui vaut toute une cérémonie, une sorte de festin de première communion, que suit peu après une sorte de confirmation, où l'Esprit- Saint est représenté par Minerve, déesse de l'intelligence; fêtes de l'Esprit en effet, artistique et pratique à la fois, au second jour desquelles à Sulmone, l'an ^3 avant Jésus- Christ, naissait, on se le rappelle, le petit Publius Ovidius Naso.
Avril est le mois de Vénus, mère d'Enée, protec-
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trice des Romains et surtout de celui qui a écrit V /Jrl (Y aimer. Avril ainsi nommé, soit parce i\\x Aprdw vient du mot latin apeiire, ouvrir, et que c'est le mois où la terre s'ouvre pour laisser percer les germes, soit parce qu'il tient ce nom du grec àcppoç, écume, et que Vénus est née, comme on sait, de l'écume de la mer. Si fantaisiste qu'elle soit, cette étymologie est celle que préfère Ovide. Car il ne veut pas déposséder le printemps du patronage de Vénus, à laquelle il consacre un éloge que nous attendions évidemment de lui, mais qui n'atteint pas la majesté de celui par lequel Lucrèce avait ouvert son De NaLura Rerutn.
En cet avril, parmi beaucoup d'autres fêtes et notamment celle des courtisanes, qui a sa place tout indiquée en ce mois consacré à Vénus, on célèbre celle de Cybèle et celle de Cérès, et c'est pour Ovide une double occasion de remettre la main sur la mythologie grecque et de raconter pour la seconde fois, l'ayant fait déjà dans les AléLainorphoseSy l'enlèvement de Proserpine. Mais ce sont là des histoires grecques, où nous savons qu'Ovide se joue à plaisir, et les cérémonies romaines sont à nos yeux autrement intéressantes en un tel livre. Voici par exemple les PalUla, fêtes de Paies, déesse des troupeaux. Virgile l'avait invoquée dans les Géorglques: Ovide nous décrit ses fêtes. On balaye avec soin les étables, on les décore de feuillages et de guirlandes', on les purifie avec du soufre, tandis que les brebis bêlent, un peu suffoquées ; on jette dans le foyer du romarin, de la poix, des feuilles de laurier ; on apporte le gâteau de millet, on boit le lait pur et le vin cuit, on saute à
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travers les feux allumés, les feux de la Saint- Jean... et Ton adresse à Paies une touchante prière, dont Ovide a développé les termes d'une façon ingénieuse, où la sensation du rustique et du primitif est assez bien conservée :
Veille sur le troupeau, veille sur les bergers ;
Ecarte tout malheur de mes étables.
Si je me suis assis sous un arbre sacré,
Si mes brebis ont brouté sur des tombes, Si, passant dans un bois sacré, j'ai mis en fuite
Les Nymphes ou le Dieu aux pieds de chèvre. Si, pour mieux installer une brebis malade.
J'ai dépouillé ce bois de quelques feuilles, Pardonne, et si, fuyant la grêle, mon troupeau
S'est abrité dans un temple rustique, S'il a troublé de son sabot l'eau de vos lacs,
Pardonnez-lui, Nymphes, pardonnez-moi...
Toi, déesse, pour nous apaise les fontaines.
Leurs dieux et tous les dieux de ces forêts. Garde-nous de voir Diane au bain, les Dryades
Ou Faune quand il dort sous le Midi.
Donne-nous la santé pour nous, pour nos troupeaux.
Pour nos chiens vigilants qui nous défendent. Les brebis du matin, que le soir les ramène.
Sans disputer aux loups de leurs toisons ; Chasse la faim, accorde un abondant herbage.
De l'eau pour boire et de l'eau pour le bain. Fais que le petit lait coule sur les éclisses
Et que je vende bien le bon fromage.
Que le bélier soit vigoureux, que la femelle
Soit féconde et me donne des agneaux.
Que la laine soit douce aux mains des jeunes filles
Et se laisse filer docilement ;
[j:s kastks. i6r>
ICxaiuc ma prière et, P.ilcs, c'lia(|uc année,
Nous t'oflVirons ainsi de grands gâteaux .
Ici, à force d'art, la littérature rejoint la nature ; cette poésie, qui chantait naguère les élégances parfumées de Rome ou les aventures galantes des dieux grecs, voici qu'elle traduit maintenant avec le plus juste accent les regrets, les craintes, les espoirs, tous les sentiments du paysan latin, superstitieux et intéressé. Tibulle sans doute avait déjà, par instants, trouvé de tels accents, et Virgile aussi à ses heures, mais désormais, pour en retrouver 1 équivalent dans la littérature latine et néolatine, il faudra attendre jusqu'à Mistral.
Le même accent se retrouve dans la rustique prière à la Rouille, la terrible Rubigo qui ronge les moissons sur pied et qu'il s'agit d'apaiser par des offrandes appropriées, l'encens, le vin, les entrailles d'une brebis, les intestins d'une chienne. Mais ici le poète impérial reparaît, quand il pri^ la rouille de s attaquer aux armes plutôt qu'aux moissons, puisque le monde est pacifié et que les guerres désormais doivent cesser; ingénieuse flatterie à l'égard de celui qui avait établi cette paix romaine, mais flatterie qui altère Taccent de cette prière rustique.
Cependant voici le mois dejnai, avec les fêtes charmantes du printemps latin. D'où lui vient son nom? Est-ce de la Jlajesté des dieux, est-ce des ancêtres,
1. FadleSf IV, yJ^y-yj6. Delille a transposé cette prière en style classique dans son poème de U Imaginai ion.
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ALajoreSy est-ce de la nymphe Maïa qui conçut Mercure de Jupiter? Ovide, cette fois, ne décide point. C'est le mois où l'on invoque les Lares protecteurs, que leur statue représente ayant à leurs pieds un chien fait de la même pierre, gardien vigilant comme eux des demeures romaines. C'est le temps où montent au ciel les Hyades, annonciatrices des pluies du printemps, et, parmi ce sourire mouillé de pleurs, voici Flore qui apparaît, dont la bouche exhale un parfum de roses vernales. Elle est reine des fleurs, mais elle ne peut en compter les couleurs ; il n'est point de nombre égal à leur nombre. Avant que Flore naquît, la terre avait une teinte uniforme ; elle a tiré, la première, une fleur du sang d'Hyacinthe et du corps épuisé de Narcisse, et n'est-ce pas une raison qui doit la rendre chère encore au poète des JHétamorphoses ?
Mais les fleurs, ce n'est pas seulement chose parfumée et frivole, unique plaisir des yeux, c'est chose utile aussi, car les fleurs annoncent les fruits et quelquefois ceux-ci, comme dira Malherbe, passeront leurs promesses.
Flore préside aux jeux que son nom fait, à Rome alors, comme encore à Toulouse, appeler les Jeux Floraux. Alors s'élèvent les chansons ; les fronts sont couronnés de fleurs, les tables disparaissent sous les roses, les courtisanes, une fois de plus, sortent en grand costume, invitant les Romains à cueillir les trésors de la jeunesse, avant que les roses se soient effeuillées, que célébrera Ronsard, et l'amant, à la porte de sa maîtresse, chante des chansons d'amour, comme on le verra.
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dans la France du moyen âge, planter le mai sous les fenêtres de sa belle.
Flore est la déesse des fleurs et des amours, qu'elles parfument et décorent; Mercure est le dieu des marchands, certains disent aussi des voleurs, disons des spéculateurs, pour tout concilier, et sa fête a lieu aux ides de mai. Auprès de la porte Capène, on voit venir, la tunique retroussée, les marchands qui viennent puiser de l'eau à la fontaine de Mercure. Ils l'emportent dans un vase où trempe une branche de laurier, et de cette eau bénite et de ce goupillon ils arrosent tous les objets qu'ils doivent vendre, en prononçant cette plaisante prière :
Efface, disent-ils, les parjures passés,
Efface aussi les mensonges d'hier.
Si je t'ai pris comme témoin d'une imposture,
Ou Jupiter qui ne doit pas m'entendre, Si j ai trompé quelque autre dieu, quelque déesse,
Fais que les vents aient chassé mes paroles. Pardonne aussi tous mes parjures à venir,
Fais que les dieux ne s'en occupent point. Accorde-moi le gain et le plaisir du gain
Et fais-moi faire un marché favorable * î
Le plaisir du gain, comme celui de l'amour, il est de tous les temps ; nos contemporains peuvent en témoigner et plus d'un reprendrait volontiers à son compte cette prière à Mercure.
A qui juin doit-il son nom? Junon le revendique comme sien, car si Maïa, maîtresse de Jupiter, a réussi