‹ OvideChapitre 97 sur 154 · TridâS, II · texte numérisé non relu

TridâS, II

i8o OVIDE.

latin il y a une femme qui veille, une femme que notre vieux Corneille, après Sénèque, connaisseur du cœur romain et du cœur humain, place auprès d'Auguste, pour l'incliner à la clémence politique envers Cinna, et que j'imagine ici près de lui pour le pousser à la haine envers Ovide.

Mais, pour mériter la haine de Livie, il faut avoir fait autre chose que l'avoir vue au bain, qu'avoir violé les mystères d'Isis, ou qu'avoir favorisé les amours de la petite-fille d'Auguste, dont elle guette au contraire avec joie le déshonneur; il faut, pour risquer de mériter la condamnation capitale, avoir été terriblement désagréable à Livie, toute-puissante sur le cœur d'Auguste, et comment Ovide l' aurait-il été, si ce n'est en se mettant au travers de ce qui est alors la grande affaire de sa vie?

Cette grande affaire est la succession d'Auguste. Le travail que fera plus tard Agrippine sur l'esprit de Claude pour élever Néron au pouvoir, malgré Britannicus, Livie l'entreprend sur l'esprit d'x\uguste afin qu'il laisse l'empire à son fils à elle, Tibère, au détriment de ses propres héritiers. Parmi ces héritiers, il y a d'abord Marcellus, son neveu, tendrement aimé; Marcellus meurt prématurément, et Virgile jette sur sa tombe des lis au parfum immortel. A sa mort, Auguste marie sa fille Julie à son lieutenant Marcus Agrippa; mais cet Agrippa a d'elle deux filles, Agrippine et cette Julie, qui fut l'amante de Silanus, aussi débauchée que sa mère, exilée comme elle par Auguste, et de son vivant deux fils, Caïus et Lucius. Voilà des rivaux dange-

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rcux pour Tibère. Mais Agrippa meurt, ses deux fils meurent, l'un à Marseille tandis qu'il se rend k l'armée d'Espagne, l'autre en Arménie, tous deux de mort subite et mystérieuse, et l'intègre Tacite insinue que Livie ne fut peut-être pas étrangère à ces morts prématurées. Restait cependant un troisième fds d'Agrippa, né après sa mort et, pour ce motif, nommé Agrippa Posthume; il avait grandi dans le palais d'Auguste, seul rejeton de sa race, cher au vieil empereur qui déclinait, jusqu'au moment où, livré lui aussi à la débauche, il devient pour Auguste un des « trois cancers qui rongent sa vie »', les deux autres étant les deux Julie, la mère et la fille. Il n'importe, c'est l'héritier légitime du trône, il est le fils d'Agrippa, il a autour de lui et pour lui une partie de la noblesse romaine, il a autour de lui tous ceux qui sont aussi les amis d'Ovide, et peut-être Ovide lui-même. Commence-t-on à comprendre la haine de Livie pour tous ceux-là qui sont le dernier obstacle aux ambitions effrénées qu'elle nourrit pour Tibère, au prix de mille intrigues et peut-être de trois crimes déjà? Alors elle travaille contre ce dernier héritier l'esprit de l'empereur, et Auguste l'exile enfin dans l'île de Planasie, la même année qu'Ovide est relégué à Tomes. Mais, tout exilé qu'il soit. Agrippa conserve des partisans, dit Tacite, qui redoutent Tibère, sa perfidie déjà connue, ses débauches, surtout sa mère. On s'agite autour d'Auguste vieillissant pour qu'il se décide à rappeler Agrippa. Auguste, troublé, quelques mois avant

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