‹ OvideChapitre 7 sur 9 · IV, I · texte numérisé non relu

IV, I

• Liv. I, 297.

• Liv. V, i29.

hiboux , aux striges qui sucent le sang des nourrissons, au lieu d'un tableau dont la naïveté rustique nous eût intéressés, il nous raconte en courant une de ces vieilles légendes dont on finit par se lasser*. De même enfin, si je lis ce qu'il dit de Cybèle^, je ne puis m'empécber de trouver son récit pauvre et sec-, malgré moi , je songe à la belle et philosophique poésie de Lucrèce ^ à la majestueuse et patriotique comparaison de Virgile ^.

Il y a plus : les souvenirs personnels n'éveillent dans l'âme d'Ovide aucun écho poétique. Parlant du Palladium tombé du ciel a Troie au temps d'Ilus ^, il nous rapporte qu'il fut curieux d'aller visiter autrefois l'endroit et le temple ; puis il ajoute : C'est tout ce qui reste en Asie -, Rome a la statue.

Hoc superest illi : Pallada Roma tenet.

Voila tout. Et pourtant que de noms sonores eussent dû retentir harmonieusement sous sa plume , mêlés aux réminiscences de sa jeunesse déjà lointaine! Je ne sais : peut-être toutes ces belles pages, où d'illustres modernes ont su animer les paysages qu'ils décrivaient des souvenirs de l'histoire et des passions de leur cœur, me rendent-elles injuste pour les crayons légers d'un poëte ingénieux j mais quoi qu'il en soit , je ne peux relire ces vers d'Ovide sans une sorte de désappointement et de secret dépit.

OA'ide est certainement revenu plus d'une fois sur son

' Liv. VI, 143.

» Liv. IV, 180.

• De natur. rer., II , 598.

* Enéii., VI , 785.

' Liv. VI, 417.

poëme dans les longues heures de l'exil. Comment se fait-il que, retrouvant un passage où il parle de sa fille, il se soit contenté de ces deux vers assez froids :

Est Diihi sitque , precor, nostri diuturnior annis , Filia , quà felix sospite semper ero ^ .

Poëte et banni , n'aurait-il pas dû jeter la quelque cri de douleur, comme ces stances émues que Byron , banni lui aussi , adressait a sa chère Ada : « Ton visage est-il semblable à celui de ta mère , ma belle enfant? Ada ! seule fille de ma maison et de mon cœur ! Quand je vis la dernière fois tes jeunes yeux bleus, ils souriaient, et nous nous séparâmes alors , non comme nous nous séparons aujourd'hui , mais avec une espérance 0 ma fille ! ce chant a

commencé avec ton nom ^ ô ma fille ! c'est avec ton nom qu'il doit finir. Je ne te vois point , je ne t'entends point, mais personne ne peut être aussi ravi en toi Tu es l'amie vers laquelle s'étendent les ombres de mes années a venir. Quand même tu ne me reverrais jamais , ma voix se fera entendre dans tes visions futures et pénétrera jusqu'à ton cœur lorsque le mien sera glacé. Tu entendras même des accents sortir de la tombe de ton père -. »

Pourquoi notre poëte n'a-t-il rien de semblable.? Pourquoi le nom de sa fille, qu'il n'avait pu même embrasser à son départ, n'éveille-t-il aucun regret, aucun souvenir, aucun retour sur son ancien bonheur au sein de sa famille?

On a reproché a Ovide quelques erreurs historiques , par exemple sur le jour de l'entrée en charge des consuls, sur

» Liv. VI, 219.

* Childe Harold^ chant m, commencement et lin.

— 2tô —

la défaite des Fabiens '. Je lui reprocherai surtout d'avoir défiguré l'histoire et de ne rien comprendre à l'esprit de ce passé qu'il avait a raconter. Quand j'écris sur l'antiquité, a dit Tite-Live, je ne sais comment cela se fait, mon âme devient antique : mihi vetustas res scribenti nescio quo paclo, antiquus fit animus ^ C'est le contraire qui se produit chez notre poëte; sous sa plume, l'antiquité devient moderne. Un pareil travestissement peut paraître quelquefois piquant, mais bientôt il fatigue, et l'on ne tarde pas a regretter cette vérité d'émotion, cette fidélité de couleur que les grands historiens comme Tite-Live , les, grands poètes comme Virgile, ont su mettre dans leurs tableaux. Quand je viens de lire

* Liv. III. Quand il dit que les magistrats entraient en charge au mois de mars, jusqu'au temps d'Annibal, il n'est pas tout à fait exact. Les premiers consuls entrèrent en charge à l'expulsion des rois , c'est-à-dire à la fin de février (Fastes, 11, 683). L'an de Rome 291, cela se faisait aux calendes d'avril ; l'an 304 , aux ides de mai (Tit. Liv., III, 6, 36) ; mais à partir de 600 , sous le consulat de G. Fulvius Nobilior et de T. Annius Luscus, ce fut aux calendes de janvier (Tit, Liv., ep. xvii). — Liv. III, 155, Ovide ne dit rien de la nouvelle erreur qu'Auguste corrigea dans le calendrier de Jules César. — Enfin il met aux ides de février la Fabiana clades. Tous les historiens , Tite-Live entre autres, la placent le même jour que la défaite d'Allia, aux calendes de juillet (Tit. Liv., "VI, \). Nibuhr suppose, dans son Histoire romaine, 2, qu'Ovide n'a pas distingué entre la sortie de Rome et la défaite des Fabiens.

Puisque nous parlons des erreurs d'Ovide, disons encore que son astronomie est loin d'être exacte. Ideler a écrit un mémoire édile dans les- Annales de l'Académie de Berlin , 1823, où il accuse le poète d'être assez souvent fort ignorant du sujet qu'il traite. Il serait peut-être plus juste de reconnaître avec Merkel qu'Ovide a su à peu près ce qu'on savait de son temps. En effet, Ovide paraît avoir suivi un ouvrage sur l'astronomie qu'on pourrait croire composé pour lui, en tout cas qui l'a certainement été de son temps par Clodius Tuscus. Rien n'empêche que ce soit leTuscus dont parle Ovide (Pont., IV, eleg. xvi, 20) : ils étaient amis; Tuscus a fort bien pu écrire cette espèce de traité à la demande du poète.

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