LA RENAISSANCE ET LA REFORME
avilit sans doute Tambition de réaliser la même chose à Christchurch dans le style de son temps, mais on ne peut pas dire qu'il y ait réussi, et les siècles suivants ont développé et agrandi sans achever.
On commença la construction par la cuisine en sous-sol qui existe encore, et qui, faite sur un plan de Gargantua, suffit encore à préparer les repas de 300 élèves, sans compter les maîtres et les fclloics résidents. Cette cuisine fut un thème d'épigrammes, envieuses peut-être, comme :
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Grande cour de Christchurch.
« Bien travaillé, le Cardinal a fondé un collège, mais il a fait une auberge ».
Du temps 'de Wolsey datent encore trois côtés de l'immense cour carrée qui avait probablement l'intention d'être un cloître, mais dont il ne reste que les arcades contre les murs et la promenade surélevée. La grande tour au-dessus du porche a reçu un couronnement du XVII* siècle construit })ar W'ren, C'est là que se trouve Great Tout, lénorme cloche dont les cent un coups, en l'honneur des cent un étudiants de la fondation primitive, annoncent à Oxford, à neuf heures du soir, la rentrée théorique des collèges. Cette cloche refondue, et celles c^ui l'accompagnent, proviennent de ral)l)aye dOseney dont nous axons ])arlé au premier chapitre. Klles furent transportées c[uand le siège de l'évêché fut transféré de
l'abbaye à la cathédrale actuelle dOxford. C'est un souvenir intéressant du fait que Christchurch fut bâti surtout avec les dépouilles des monastères supprimés par la politique religieuse de AVolsey et de Henry VIII. Cette première Réforme anglaise aurait voulu conserver toutes les pompes et les cloches de l'ancienne église.
Henry VIII reprit après la chute de "Wolsey les plans de Cardinal Collège, qu'un appela alors de son nom, pour s'arrêter enfin à celui de Christchurch. On renonça à l'idée de bâtir sur le quatrième côté de la cour une chapelle qui aurait rivalisé avec celle du collège du roi Henry VI Ki/ig's CoUcgc à Cambridge, et la cathédrale d'Oxford qui touchait au collège fut appropriée à l'usage de chapelle. Henry VIII voulait que son collège fût respectable, « mais non pas si grand ni dune telle magnificence que celui que ^Lonseigneur le Cardinal avait l'intention de bâtir, car cela n'est pas considéré propre au bien public de notre royaume ».
Il y eut un instant tragi-comique pour les Universités dans cette histoire de la Réforme anglaise. Après qu'on eut donné aux collèges les biens des monastères, il se trouva des gens pour désirer leur suppression, comme celle des monastères. Heureusement pour les Universités. Henrv VIII. qui avait des prétentions à la science, et qui avait besoin d'elles pour sa politique, tint bon en leur faveur.
« Ah, mes maîtres, répondit-il un jour, je m'aperçois que les terres des abbaves vous ont ouvert l'appétit et aiguisé les dents, à vous voir demander aussi ces collèges. Et tandis que nous ne tendions qu'à supprimer le péché en détruisant les monastères, vous voudriez nous voir aussi détruire toute vertu en renversant les collèges. Je vous dirai, messieurs, que je considère qu'il n'y a pas de terre mieux placée que celle qui appartient à nos Universités et par elles notre royaume sera bien gouverné quand nous serons morts et pourris'... »
C'est à tout cela qu'il faut penser en regardant dans le magnifique Hall les médiocres portraits de Henry VIII et de Wolsey qu'on attribue à Holbein, mais dans lesquels il est impossible de voir autre chose que des copies anciennes. Il y a quelque chose du prélat italien de la Renaissance dans la figure historique du cardinal Wolsey, qui aurait été pape s'il avait pu, et Henry VIII aussi ressemble plus à un tyran italien qu'à un roi d'Angleterre, mais il fut lourd et sans la finesse d'un Borgia, dans sa vie de Barbe-Bleue.
La Renaissance passa vite et finit dans un désordre sans nom.
^ Cite par Headlam, Oxford, p. 308.