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LA RENAISSANCE ET J>A RÉFORME

Le XVl'-^ siècle fut plus redoutable à Oxford (^ue les plus mauvaises périodes du moyen âge, et ne fui pas 'embelli de science et d'art autant (ju'en France et en Italie. Comme le fait remarquer M. Andrew Lang, l'esprit anglais tourna tout de suite le nouveau savoir en querelles reli-

Photo Soame, Oxford.

Escalier du hall à Christchurch.

gieuses et en controverses, et Tart de la Renaissance ne fut introduit que plus tard, sous formes d'imitation des formes, déjà dégénérées, du classique de Palladio et autres. Cette imitation ne se montre pas encore à Christchurch. Le grand escalier du Hall fut construit au xvii" siècle, dans une cage couverte d'un plafond à nervures reposant sur un seul pilier « en inilmier », tour de force gothique qu'on daterait partout ailleurs du XV siècle, et qui est de 1640.

Le Hall lui-même, avec son plafond de bois sculpté est du temps de AVolsey. et le plus beau dOxford. Il est entièrement garni de portraits et il est difficile de rester insensible aux souvenirs qu'il évoque quand on en passe la revue. Il semble que rAngleterre entière a été éleA'ée à Christchurch, c'est l'impression qu'on a. en vo3'ant réunis ici les portraits de William Penn, le quaker, un des créateurs de l'Amérique du Xord, de Bentley qui restaura les études classiques au XYiii" siècle, de AVesley et Pusey parmi les réformateurs religieux, de George Canning, Robert Peel. Gladstone, Lord Salisbury et Lord Roseberr}- parmi les hommes d'Ktat. de John Ruskin, parmi les grands écrivains. Xous sommes là dans un des sanctuaires de TAngleterre, quoique ce ne soit, prosaïquement, qu'une salle à manger. La 31aison, comme l'appellent ses hôtes, possède les traditions qu'il faut pour élever l'élite d'un grand peuple.

Il faut ajouter que beaucoup de ces portraits sont des œuvres d'art et que quelques-uns sont des chefs-d'œuvre. Les Reynolds, les deux Gainsborough et les Romney, le portrait de Gladstone par 3lillais, méritent surtout de retenir 1 attention, mais il s'y trouve aussi beaucoup de bonnes peintures de second ordre. Il ne faut pas quitter Christchurch sans mentionner sa galerie de peinture qui renferme plusieurs œuvres intéressantes de peintres italiens, dont un Piero délia Francesca et un curieux tableau d'Annibal Carrache, donnant son portrait, celui de ses frères et de plusieurs autres personnages en bouchers dans leur boutique.

Pourquoi est-on obligé d'ajouter que les nouveaux bâtiments de Christchurch bâtis, en 1863 du côté delà rivière, au bout de la magnifique Broad Walk, la grande allée de chênes, quoique inspirés, dit-on, par Ruskin, sont déplorablement conçus au point de vue des proportions et de l'harmonie. C'est l'architecture gothique vénitienne, étrangement dépaysée ici, que nous retrouverons au ^lusée d'Histoire naturelle, dont Ruskin est aussi un peu responsable.

La Renaissance anglaise ne sut pas trouver un style d'architecture. Christchurch. cette création de l'esprit de la Renaissance, est dans un style gothique plus ou moins modifié, mais dérivant directement du gothique anglais du XV siècle. La continuité dans la tradition, qui est le mot d'ordre d'Oxford, n'est pas favorable au développement des styles nouveaux, qui sont les révolutions de l'art. Quand on adopta un style nouxeau ce fut un style étranger tout fait, et ce fut la fin de l'architecture nationale, deux siècles plus tôt que chez nous. Il semble que le x\ T' siècle à Oxford, ait été si profondément troublé par les querelles religieuses et politiques (|u'un style nou\eau n'a pu s'établir. La fin du gothique ne vint que lors-

LA ri: X A ISS ANC K ET LA RKFORMK

que la Réforme se fut installée définitivement daiîs le pays après la mort de Charles P'' et que le puritanisni<; eut tué toute espèce d'art.

La réaction sous Mary Tudor fut trop courte pour laisser une trace durable ailleurs que dans les souvenirs. .Mais l'histoire des martyrs d'Ox-

Le hall de Christchurch.

ford est une partie essentielle de la physionomie morale de la ville et on a bien fait d'en rappeler la mémoire en un monument malheureusement anachronique, car il est dans le style du xi\"" siècle, le Martyrs McnioriiiL (\\x\ s'élève sur la place de Saint-Giles. en face du collège de Balliol, près de remplacement ou Cranmer, Latimer et Ridley furent brûlés. La prison de Bocardo dont nous avons parlé au premier chapitre, était voisine, et le bûcher s'élevait dans le fossé de la ville, en dehors des mur>.

Si Thomas Cranmer, archevêque de Canterbury, Xicholas Ridley, évêque de Londres et Hugh Latimer. évêque de "VVorcester, avaient été amenés à Oxford pour être mis en jugement, quoique leur Université fût Cambridge, c'est parce qu'ils devaient être examinés par une commission spéciale prise dans les deux Universités et que Mary Tudor craignit sans doute qu'il ne fussent traités avec plus d'indulgence à Cambridge. Le premier procès universitaire eut lieu dans Téglise de Saint-31ary, le second, comme nous l'avons dit, dans Técole de théologie (Divinity School) au rez-de-chaussée de la Bibliothèque Bodléienne. Les trois accusés étaient condamnés d'avance, même Cranmer, devantlequeOïary Tudor elle-même aurait pu hésiter, car il était encore des anciens évèques qui avaient reçu leur consécration du pape, il était malgré tout le représentant suprême de l'ancienne église. Mais le tour décisif que la Réforme anglaise avait pris sous Edouard VI était dû, dit J. R. Green, entièrement à l'influence de Cranmer. Il semble que si on persécuta le vieillard pour lui arracher des rétractations successives, ce fut surtout pour lui infliger une humiliation et un supplice de plus.

Latimer et Ridle}' périrent lesi^remiers et l'exécution eut toute la beauté de celle de Savonarole.

Les deux premiers mart}'rs s'embrassant sur l'échafaud, Latimer eut, dit-on, un mot sublime en s'adressant à son compagnon : « Soyez ferme, maître Ridley, soyez un homme. Nous allumons aujourd'hui en Angleterre une chandelle, qui, par la grâce de Dieu, ne s'éteindra jamais. »

Le vieux Cranmer se ressaisit devant la mort et quand il fut arrivé devant le bûcher, étendant la main droite, qui avait signé ses rétractations, il s'écria : « Voici la main qui a écrit, elle souffrira la première sa punition )), et il la tint si ferme dans la flamme que tous purent la voir brûlée avant le reste du corps.

Deux des plus charmants collèges d'Oxford, Trinit}' et Saint John, ont été fondés en 1555, l'année même du martj^re de Cranmer, Latimer et Ridley. Sir Thomas Pope, qui fonda Trinity Collège, était de ceux qui. ralliés à la nouvelle conception de l'Eglise d'Angleterre, auraient voulu la maintenir après sa séparation de Rome le plus près possible de l'ancienne foi. Il fut le gardien de la future reine Elizabeth à Woodstock, près d'Oxford, pendant le règne de 31ary Tudor, mais la prisonnière et le gardien s'entendaient fort bien, car il la consulta pour les règlements de son collège et elle lui rendit la politesse en le visitant peu de temps après son avènement.

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