CHAPITRE VII ALCOOL ÉTHYLIQUE
Oxydation de l'alcool éthylique. — Étude des produits d’oxydation. — Influence des substances de, contact. — Influence de l'air. — Applications diverses. $
:$ [. — OXYDATION DE L'ALCOOL ÉTHYLIQUE SOUS L'IN- FLUENCE DE L'ACTION DE CONTACT
L'oxydation de l'alcool éthylique par l’action de contact est connue depuis que Davy en 1821 a observé qu'une spirale de platine préalablement chauffée se maintenait incandescente lorsqu'elle était en contact avec un mélange d’air et d'alcool.
Les observations qui ont été faites sur la décomposition des.vapeurs d'alcool à haute température sont assez nombreuses mais peu concordantes.
Reiset et Millon (1) ont trouvé que la vapeur d'alcool passant dans un tube rempli de porcelaine et chauffé à 300° ne se décomposait point; si au contraire le tube contenait de l’éponge de platine, la décomposition avait lieu dès 220°.
Cette expérience nous démontre encore 1à diffé-
(1) Annales de chimie et de physique, t. 18, p. 280.
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rence d'action que peuvent exercer des corps de nature diverse.
L'étincelle électrique d’un appareil d’induction agit d’une manière analogue : dans les produits de décomposition se trouve l'acétylène parmi divers hydrocarbures (1).
L'alcool pur n'est pas traversé par le courant de la pile. S'il est additionné de potasse, la décomposition a lieu : il se dégage de l'hydrogène au pôle négatif et de l’aldéhyde qui se résinifie au pôle positif.
Lorsque la vapeur d'alcool mélangée d'oxygène arrive au contact du platine ou d’autres métaux de ce groupe elle subit une élimination d’eau : ilse forme de Pacide carbonique, de l’aldéhyde acétique, des acides acélique, formique : l’action est d'autant plus énergique que le métal est plus divisé: le noir de platine la favorise particulièrement (2). On connaît d’ailleurs l'expérience pour ainsi dire classique qui consiste à enflammer l'alcool par simple contactavec du noir de platine.
D’après Marchand (3), lorsqu'on fait passer des vapeurs d'alcool à travers un tube de porcelaine au rouge, on obtient un dépôt de charbon etil se forme de l’aldéhyde acétique, du naphtalène, du benzène, de l'acide phénique, de Facide carbonique, de l’hydrogène, de l’aldéhyde méthylique, de l’éthylène et de l’eau. C’est une réaction pyrogénée.
Il est presque inutile de signaler le phénomène de l'acétification qui est la transformation de l'alcool éthylique en acide acétique sous l'influence d'un
(1) Perrot. Comptes rendus, &. 17, p. 850.
(2) Wurrz. Dict., I, p. 107.
(3) Berichte der Deut. chem. Gesellschaft, 13, 987.
CN En
mycoderme ; enfin rappelons pour mémoire seulement l'expérience de Béchamp qui consiste à faire fermenter de l'alcool avec la viande en présence dela craie et qui donné aulieu d'acide acétique de l’alcool caprylique et des homologues (1).
Expérience. — L’oxydation de lalcool éthylique au moyen de l'appareil d'étude est des plus simples.
5o centimètres cubes d'alcool sont placés dans le ballon récipient légèrement chauffé à 30°. On aspire un courant d’airet on fait passer un courant électrique d’une intensité de 2 ampères dans la spirale de platine quicommence immédiatement à rougir. On interrompt alors le courant électrique car à partir de cet instant, l’incandescence se maintient d’elle-1mème par suite de l'oxydation des vapeurs d'alcool.
On dirige l'expérience de manière qu'ilne se forme pas de produits acides dans les flacons condenseurs : la présence de l’acide carbonique est décelée par le précipité qui se forme dans le flacon qui contient de l’eau de chaux.
Pourarriver à ce résultat, il est nécessaire que l’eau du réfrigérant soit maintenue à une température inférieure à 50° et que le courant électrique ne dépasse pas 2 ampères ; l’incandescence’ doit être rouge sombre, visible au jour.
Dès que l’appareil a fonctionné quelques minutes, on peut constater que lesliquides des flacons contiennent de l’aldéhyde acétique que l’on peut facilement caractériser déjà par l'odeur et en faisant un prélèvement de quelques gouttes du liquide condensé que l’on agite avec de l'eau d’aniline. Il se forme
(1) Comptes rendus, t. 58, DE
vs FOR
AU
immédiatement un précipité blanc qui correspond à l’éthylidène-aniline
CPAZSCHLCEHE
Une fois l'opération terminée, le contenu des flacons est réuni. On a soin de mettre à part les deux premiers flacons qui contiennent de l’aldéhyde très concentrée. On distille en ayant soin de faire passer un courant d’eau glacée dans le réfrigérant et on recueille tout ce qui passe jusqu’à la température de 80°.
On joint le contenu des deux premiers flacons au liquide distillé et on rectifie en ayant soin de ne recueillir que ce qui passe jusqu’à 25° ; on obtient ainsi de l’aldéhyde acétique à peu près pure contenant des traces d’alcool.
Voici un tableau résumant les conditions dans lesquelles on a opéré et les rendements :
Alcool entraine res ie te 5o centimètres cubes Débit d’eau par la trompe. . . . 3 litres par minute Durée du passage de l'air. . . . 4 heures ATrDéreme Te Mer DC Pere o° Aldéhyde acétique obtenue... . . 16,80 o/o Recherche de l’acide carbonique. . Traces
= — acétique.. . Traces
= Phydelacétah ze men" à 2-3 o/o
Recherche de l'acétal. — Pour rechercher l’acétal nous avons pris les résidus du ballon après séparation de l’aldéhyde acétique. On ajoute au liquide une petité quantité de soude ; cette opération a pour but de résinifier les traces d’aldéhyde qui n’ont pas été entrainées dans la distillation. On filtre et on extrait ’éther. On constéte par l’eau d’aniline qu'il ne se forme plus de trouble, que le nitrate d'argent ammoniacal n’est pas réduit; donc, absence d’aldéhyde
libre.
TRILLAT,
Eee
La solution éthérée est évaporée avec beaucoup de précaution ; le résidu est additionné d’acide sulfurique au 1/3, chauffé à l’ébullition et distillé.
Le produit recueilli se trouble par l’eau d’aniline; il a été caractérisé comme étant de l’aldéhyde acé-
tique.
Or comme l’aldéhyde n'existait pas à l’état de liberté dans le liquide précédent, il faut admettre qu'elle était combinée avant le traitement à l'alcool à l’état d’acétal ; celui-ci n’offrant aucune des réactions de l’aldéhyde mais pouvant la régénérer sous des influences énergiques. Il a été jugé inutile de caractériçer l'alcool éthylique qui a dû se former au cours de cette recherche. | Comme nous le verrons plus loin, la constatation de la formation de l’acétal méritait d’être signalée.