‹ Ozanam collégien, Ozanam étudiantChapitre 33 sur 51 · Ami de la religion, 10 juin 1834, p · texte numérisé non relu

Ami de la religion, 10 juin 1834, p

2. Voir à ce sujet, sur Picot, les pages de CHARLES SAINTE-Forï, Souvenurs de Jeunesse, éd. Latreille, p. 201-205 (Paris, Perrin, 1911).

Nous sommes surtout une dizaine, lui disait-il, unis plus étroitement par les liens de l'esprit et du cœur, espèce de chevalerie littéraire.

Quelquefois, lorsque l'air était plus pur et la brise plus douce, aux rayons de la lune qui glissaient sur le dôme majestueux du Panthéon, en présence de cet édifice qui semble s’élancer au ciel et auquel on a ôté sa croix comme pour briser son élan, le sergent de ville, l'œil inquiet, a pu voir six ou huit jeunes hommes, les bras entrelacés, se promener de longues heures sur la place solitaire; leur front était serein, leur démarche paisible, leurs paroles pleines d’enthousiasme, de sensibilité, de consolation; ils se disaient bien des choses de la terre et du ciel, ils se racontaient bien des pensées généreuses, bien des souvenirs pieux; ils parlaient de Dieu, puis de leurs pères, puis aussi de leurs amis restés au foyer domestique, puis de leur patrie, puis de l'humanité. Le Parisien stupide qui les coudoyait en courant à ses plaisirs ne comprenait point leur langage : c'était une langue morte, que peu de gens connaissent ici. Mais moi, Je les comprenais, car j'étais avec eux, et en les entendant, je pensais et je parlais comme eux, je sentais se développer mon cœur, il me semblait que je devenais homme, et ] y puisais, moi si faible et si pusillanime, quelques instants d'énergie pour les travaux du lendemain.

C'est en vérité grand dommage, s'il plaisait au correspondant de Picot de se tenir aux écoutes, qu'il n'ait pas surpris, sur la place du Panthéon, quelques-uns de ces entretiens tardifs dans lesquels Ozanam était comme le maître du chœur et qui devaient ressembler, parfois, à des prières communes. Une fois au moins, les « espions de certains journaux soi-disant religieux »*, pour reprendre l’expression d'Ozanam dans une lettre du 16 mai 1834, eussent pu servir à l'édification des âmes.

Dans quelle mesure le ralentissement des conférences d'histoire, qui se dessina dans l’été de 1834 et devint très notoire en 1835, fut-il dû aux chicanes, aux ennuis dont Ozanam se sentait peut-être guetté? C’est ce qu'il est malaisé de discerner, pas plus qu'on ne peut préciser si l'abbé Marduel, confesseur d'Ozanam”, fut appelé à dire son mot. L'opinion de l'abbé Marduel était d'avance con-

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