Expression de la lettre à Foisset citée plus haut
l'historien 239
lation germanique, sur le Rhin et sur le Danube1. Déjà saint Irénée invoquait le témoignage et vantait l'orthodoxie des églises établies chez les Germains. Plus tard, tandis que leurs chefs interviennent avec autorité dans la querelle donatiste et la querelle arienne, la foi populaire s'affirme dans ces nombreuses inscriptions sépulcrales des pays rhénans où l'on retrouve la langue et le symbolisme des catacombes. De même, dèsavant les invasions, le christianisme avait aussi pénétré chez quelques-uns des peuples de la Germanie indépendante. C'était de quoi justifier toutes les espérances. Mais la grande crise du ve siècle parut tout remettre en question. Il y a quelque chose de dramatique dans les angoisses des hommes de ce temps, qui pouvaient croire le christianisme lié à une forme spéciale de civilisation, et la voyaient s'écrouler sous leurs yeux. Fallait-il s'acharner à maintenir le passé ? Fallait-il avoir confiance dans l'avenir? Ozanam a retracé avec éloquence cette lutte de sentiments. On dirait qu'à force d'imagination, et l'esprit excité par les analogies qu'il croyait découvrir avec son temps, il a fait revivre en lui les sentiments qu'il décrivait. Il était un trop fervent admirateur de la civilisation antique pour ne pas comprendre le prix de ce qui disparaissait alors. Mais il comprenait mieux encore qu'il ne faut pas « se refuser aux nouveaux desseins de Dieu sur l'univers 2 ». Personne, dans les circonstances les plus critiques en apparence pour l'Eglise et pour la société, n'a montré plus de généreux optimisme. Il avait ailleurs3 rendu pleine justice aux beaux vers par lesquels un Prudence a célébré la mission providentielle de Rome. Mais
1. On peut se demander si Ozanam n'a pas exagéré en écrivant (p. 13) qu' « au cinquième siècle, la foi semble maîtresse des provinces germaniques ». Si l'on en juge par l'analogie avec la Gaule, où saint Martin a eu tant & faire, et tant laissé à faire, il serait probablement plus vrai de dire avec Hauck [Kirchengeschichte Deutschlands, I, 39) que « le christianisme commençait seulement à s'étendre au delà des murailles des villes, quand prit fin la domination romaine ». Le témoignage formel de saint Paulin de Noie prouve que dans la région de Trêves la propagande chrétienne avait encore été très faible.